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Les leçons de l'histoire
Ohrid, Macédoine, 29-30 août 2003
Forum régional « Dialogue entre les civilisations » http://www.unesco.org/dialogue/ohrid
Le plus puissant levier
"L’éducation est certainement le plus puissant levier pour promouvoir la tolérance, la compréhension, le dialogue, le respect de la diversité, les droits de l’homme et les principes démocratiques. C’est l’ensemble combiné de ces valeurs et dimensions que l’UNESCO appelle la « qualité de l’éducation ». Celle-ci requiert souvent une révision profonde des programmes scolaires et manuels scolaires, en particulier quant à la présentation critique de l’histoire des relations interculturelles et avec les pays voisins. Renforcer la coopération dans le domaine de l’enseignement supérieur signifie donc pour la région introduire et enraciner de tels changements et aider à l’émergence d’une nouvelle génération d’enseignants et de gestionnaires d’un enseignement moderne.
Car les politiques éducatives doivent faire en sorte que la diversité culturelle devienne le moteur de la cohésion sociale. L’effort systématique fourni par les systèmes éducatifs pour renforcer la citoyenneté démocratique et le respect des droits de l’homme en est une part intégrante et essentielle. L’éducation pour le pluralisme devient ainsi un partenaire de poids pour l’action politique en faveur du pluralisme."
Koïchiro Matsuura
Directeur général, UNESCO
Convention internationale
"Cet automne, nous serons tous appelés lors de la Conférence générale de l’UNESCO à nous prononcer sur l’opportunité de l’élaboration, au sein de l’UNESCO, d’une convention internationale visant la protection et la promotion de la diversité culturelle. La Suisse estime qu’il est important de saisir cette occasion et se prononcera en faveur d’une telle initiative. En effet, en raison de son mandat culturel et de longue date, de son expertise en matière de diversité culturelle et de son caractère universel, l’UNESCO constitue l’enceinte légitime et appropriée pour l’élaboration d’une telle convention."
David Streiff
Directeur de l’Office fédéral de la culture, Suisse
Un creuset
"L’ancienne culture arabe, nous le savons tous, est une synthèse, née des merveilles de la Mésopotamie et de l’Égypte antique, ayant patiemment assemblé les mystères de l’Inde et de l’Extrême-Orient, les exploits des Phéniciens, l’intrépidité des Carthaginois et la sagesse des Grecs et des Romains. En vérité, il serait plus approprié de la décrire comme le creuset de cultures hautement spirituelles, pour lesquelles l’âme humaine, totalement purifiée, était capable de s’ouvrir à l’Absolu et de recevoir un message du Ciel. En fait, Dieu a choisi notre terre comme le lieu de la révélation divine, d’abord à Ur, puis en Égypte, en Palestine et en Arabie. Abraham, le père de tous les prophètes, Moïse, Jésus et Mohammed ont tous transmis le même message : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’autrui te fasse, aime ton voisin comme toi-même."
Mongi Bousnina
Directeur général de l’Organisation de la Ligue arabe pour l’éducation, la culture et les sciences
Une nouvelle mosaïque
"La Bosnie-Herzégovine est un endroit particulier pour la promotion du dialogue entre les différentes religions, cultures et civilisations. En utilisant les principes de base de tolérance, en respectant leur propre identité religieuse, culturelle et nationale et en acceptant les autres avec leurs différences, les peuples de Bosnie-Herzégovine ont essayé de se faire les témoins d’une coexistence possible de différents cercles culturels et de mettre ensemble les différents éléments d’une nouvelle mosaïque de culture commune.
Dans ce pays, qui soigne encore ses plaies de la guerre, ses traumatismes, ses douleurs et qui restera encore longtemps marqué par l’héritage tragique de la dernière guerre, nous essayons d’utiliser le dialogue ouvert et la conversation, y compris sur les plus douloureuses questions, pour rechercher des voies de réconciliation et de pardon.
Dragan Covic
Membre de la Présidence collégiale de Bosnie-Herzégovine
Couloirs culturels
"Il y a quelques années, à l’initiative du Comité national bulgare de l’ICOMOS (Conseil international des monuments et des sites), une équipe internationale regroupant des représentants de tous les pays de l’Europe du Sud-Est a été créée. Elle a développé une méthodologie commune, sur la base de laquelle chaque pays a recensé sur une carte son patrimoine culturel et historique à travers les âges. Ces cartes nationales ont servi à réaliser une carte générale du patrimoine culturel et historique de l’Europe du Sud-Est.
Le résultat est impressionnant ! Le patrimoine préservé et historique forme des couloirs culturels clairement visibles, que l’on peut suivre sur nos territoires depuis des centaines et des milliers d’années. Aujourd’hui, non seulement ces couloirs ont survécu comme la mémoire des civilisations de notre région, mais ils représentent certains des liens les plus puissants qui unissent nos peuples.
Ces couloirs culturels et historiques ne connaissent pas les frontières. Ils commencent à l’Adriatique, traversent plusieurs pays et s’achèvent sur les côtes de la mer Noire. D’autres partent de la Méditerranée et atteignent les Carpates. D’autres encore suivent le cours du Danube. Ces « routes culturelles et historiques », comme les appellent les universitaires, datent de périodes différentes. Elles ont été créées par des civilisations différentes auxquelles nos aïeux ont appartenu, et pourtant elles sont encore là, sur nos terres, et elles sont notre patrimoine le plus cher, à travers lequel nous pouvons et nous devons nous présenter au monde, comme un des berceaux de la civilisation mondiale."
Georgi Parvanov
Président de la République de Bulgarie
Un modèle pour d’autres régions
"Il est important de noter que – du Moyen Âge jusqu’à la fin du XIXe siècle – les animosités fondées sur la religion étaient bien moins fréquentes dans la région qu’en Europe de l’Ouest. Quand il fut question de créer une administration, sur la base de l’exemple français, les dirigeants de la région furent confrontés à une contradiction qui existe encore aujourd’hui. Quel est le plus important : un État unifié et homogène ou la préservation de la culture multi-facettes des habitants de la région ? Nous n’avons toujours pas de réponse satisfaisante à cette question. C’est ce dilemme qui fut la cause de tant de souffrances et de tragédies pour les peuples de cette région dans les années 1990.
Si notre réunion présente n’avait qu’un seul objectif, ce devrait être celui de battre le rappel des valeurs de diversité culturelle et religieuse contre des aspirations d’hégémonie et d’uniformisation.
L’UNESCO peut jouer un rôle actif pour la promotion de la stabilité dans la région si, après avoir adopté une Déclaration universelle sur ce thème, elle développe une convention sur la diversité culturelle et aide à la mettre en œuvre. C’est un défi significatif pour nous tous : protéger l’autonomie de l’individu en luttant contre des concepts idéologiques obsolètes. Les pays de l’Europe du Sud-Est doivent s’appuyer sur leurs valeurs de diversité culturelle et religieuse pour inspirer les autres régions de notre continent."
Ferenc Madl
Président de la République de Hongrie
La priorité de la question
"De par sa nature même, le dialogue implique le questionnement. Si nous n’acceptons pas la priorité de la question sur sa réponse, nous ne pourrons pas conduire un dialogue véritable, ni développer une nouvelle compréhension, ni acquérir un nouveau savoir."
Ahmed Jalali
République islamique d’Iran, Président de la Conférence générale de l’UNESCO (2001-2003)
Vivre aux croisements
"Églises et mosquées, synagogues et sites antiques s’élèvent côte à côte sous le même ciel, le long des routes principales reliant l’Est et l’Ouest. Vivre, comme nous, aux croisements des civilisations est un avantage et un trésor plus qu’une malédiction et un destin malheureux. Grâce à une telle compréhension, notre peuple a réussi, malgré toutes les différences et toutes les tentatives de manipulation des sentiments nationaux ou religieux, à construire des relations permanentes de vie commune et de respect. La façon dont la République de Macédoine a fait face à ce défi en 2001 a montré qu’il n’y avait qu’une solution aux problèmes : le dialogue. La culture du dialogue dans notre pays est l’une de nos valeurs les plus ancrées. Dans cet esprit de dialogue et de compréhension, le gouvernement de la République de Macédoine a pris des mesures nécessaires non seulement pour préparer le futur dans un pays partagé entre tous ses citoyens, mais aussi pour soigner les plaies de son passé, en donnant une place spéciale au programme pour le renouvellement et la reconstruction des monuments d’origines chrétienne et musulmane endommagés pendant les actions militaires de 2001."
Ilinka Mitreva
Ministre des Affaires étrangères, République de Macédoine
Coalition internationale anti-terreur
Nous sommes les témoins que les conflits les plus importants de la région et du monde ne sont pas des conflits dus à des motifs ethniques ou religieux, mais des conflits entre les valeurs de liberté, de démocratie et de sociétés émancipées d’un côté, et le totalitarisme, le fanatisme extrême et le terrorisme de l’autre. Quand l’Albanie a rejoint la coalition internationale anti-terreur, menée par les États-Unis, elle l’a fait précisément dans le but de protéger ces valeurs majeures de la civilisation d’aujourd’hui. Nous sommes convaincus qu’il s’agit d’une contribution essentielle à la préservation de la paix et au développement."
Alfred Moisiu
Président de la République d’Albanie
Une fenêtre
"Chypre a été récemment et solennellement accueillie dans la famille européenne. Pourtant elle reste encore ouverte à la diversité en son sein. Des efforts significatifs ont été accomplis, et intensifiés au cours des derniers mois en raison des circonstances politiques, afin de créer un canal sûr de communication entre les deux communautés coexistant sur l’île. Ce processus important de contact interculturel a commencé à briser les stéréotypes, qui ont emprisonné pendant des années les pensées des Chypriotes et constitué un obstacle important au développement du dialogue interculturel, facilitant ainsi des interférences extérieures dans les affaires intérieures de la République de Chypre. Notre objectif est de prendre toutes les mesures nécessaires afin de promouvoir un esprit de coopération et de créer des conditions pacifiques pour la prospérité et le développement du pays et de tous ses habitants. Nous avons beau avoir ouvert une fenêtre, nous savons qu’il reste beaucoup à faire avant que la porte ne soit grande ouverte, et l’île réunifiée. "
Petros M. Kareklas
Secrétaire permanent du ministère de l’Éducation et de la Culture, République de Chypre
Les faubourgs de l’Europe
"Le destin et le succès de la nouvelle Europe et de l’Union européenne dépendront de la façon dont les relations entre les pays se feront et dont les pays et les nations qui ont été longtemps perçus comme les « faubourgs de l’Europe » seront intégrés dans l’Union européenne."
Stipe Mesic
Président de la République de Croatie
MESSAGE D’OHRID
adopté par le Forum régional sur le Dialogue entre les civilisations, Ohrid (Macédoine), 29 et 30 août 2003
EXTRAITS
Pardonner aidera la région à se débarrasser de ses vieux préjugés et ignorances. Une nouvelle génération de dirigeants démocratiquement élus est la promesse d’un futur plus pacifique, compte tenu de son engagement en faveur du dialogue et d’une véritable coopération.
Nous sommes déterminés à montrer que la région peut se transformer, à travers ses propres stratégies et des moyens efficaces de dialogue et d’engagement, en un vivant espace où les gens pourront redécouvrir ensemble la richesse stimulante des différences, échanges culturels et interactions en même temps que leurs multiples identités.
Des sociétés libres ne peuvent être créées qu’avec des individus libres, souverains dans le choix de leur statut politique et de leur type de développement économique, social et culturel.
Nous soulignons l’égalité de chaque tradition culturelle et reconnaissons la valeur de chaque civilisation, comme une part inestimable et intégrale de l’histoire humaine que nous partageons tous (…) La diversité n’est vraiment pas une menace.
Nous sommes convaincus que le dialogue représente un nouveau paradigme de sécurité, notamment dans un monde qui se mondialise.
Nous croyons au rôle actif du secteur privé dans la promotion du développement économique de la région.
L’éducation reste la base la plus fondamentale pour la promotion de la tolérance, de la compréhension, du dialogue, du respect de la diversité, des droits de l’homme et des principes démocratiques. Ces valeurs et ces notions forment ensemble « l’éducation de qualité », qui implique souvent la révision des programmes et des manuels scolaires.
La coopération scientifique et technologique est un domaine important où des progrès peuvent et doivent être effectués, en particulier à travers la reconstruction des réseaux scientifiques et des infrastructures.
Une fois que le respect du patrimoine culturel aura permis aux gens de se comprendre, il sera également une clé pour comprendre les autres […] Il est impératif de développer une culture de la conservation et de la préservation. Cela aidera à éviter que le patrimoine culturel ne devienne une cible symbolique à attaquer et à détruire intentionnellement.
Le Forum d’Ohrid se félicite du projet des Routes culturelles de l’Europe du Sud-Est.
Les systèmes éducatifs ont besoin d’être adaptés pour créer une nouvelle génération qui sache se servir d’un ordinateur.
Renforcer les médias indépendants et leur professionnalisme, soutenir la liberté de la presse et la liberté d’expression, promouvoir le droit d’accès à l’information et au savoir sont des défis majeurs pour l’Europe du Sud-Est.
Tirant des leçons de l’histoire, nous sommes d’accord sur le fait que la réconciliation est la voie vers notre avenir commun.
Pour consulter le texte complet : http://www.unesco.org/dialogue2001/ohrid/message.htm
Photo © Katia Christodoulou/EPA/Sipa Press, Paris: Retrouvailles après trente ans de séparation entre une Chypriote grecque et son oncle, un Chypriote turc, dans le quartier turc de Nicosie, en juillet 2003.
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Nom du périodique |
le nouveau Courrier
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