Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture
L'Enseignement religieux est-il en hausse ?

Corrigendum : ce communiqué de presse remplace le texte distribué le 22 mai. Des changements sont intervenus dans le paragraphe concernant le Pakistan.

Paris – L’éducation religieuse semble prendre de plus en plus d’importance dans les systèmes publics d’éducation dans le monde entier et devient un sujet clé pour les responsables des politiques éducatives de nombreux pays, selon la dernière édition de Perspectives*, le trimestriel de l’UNESCO sur l’éducation.


Intitulé Education et Religion, ce numéro, daté de juin 2003, présente une étude sur le temps prévu pour l’enseignement de la religion, à partir des horaires de cours dans quelque 140 pays. Il analyse également l’évolution de l’enseignement religieux au cours du siècle dernier en France, en Israël, au Pakistan et dans la Fédération de Russie.

Selon l’analyse préliminaire, réalisée par le Bureau international d’éducation (BIE, Genève, Suisse) de l’UNESCO, l’éducation religieuse apparaît comme une matière obligatoire dans les emplois du temps de 73 des pays étudiés, au minimum une fois au cours des neuf premières années de scolarité.

Dans 54 de ces pays, le temps moyen qui doit être consacré à l’instruction religieuse pendant les six premières années de scolarité est de 388,4 heures, soit environ 8,1 % de la durée totale de l’enseignement.

Pour les auteurs de l’étude, cela indique une « augmentation visible » de la proportion du temps consacré à ce sujet depuis la publication d’une étude précédente il y a dix ans, ainsi que l’inversion de la tendance à la baisse de l’enseignement religieux, qui avait marqué la majeure partie du siècle passé.

Cette étude précédente, dont les auteurs prennent soin de rappeler qu’elle n’est pas nécessairement équivalente à celle d’aujourd’hui, avait analysé l’éducation religieuse pendant quatre périodes entre 1920 et 1986. L’une de ses conclusions était qu’en dépit de la relative stabilité du nombre de pays qui pratiquaient l’éducation religieuse, le nombre d’heures qui étaient consacrées à cette matière n’avait cessé de diminuer. Par exemple, pour les périodes de 1945 à 1969 et de 1970 à 1986, la moyenne du temps consacrée à l’éducation religieuse était passée de 5,4 % à 4,3 %.

Selon les nouvelles données rassemblées par le BIE, deux pays se distinguent : l’Arabie Saoudite et le Yémen, qui consacrent respectivement 31 % (1 458 heures) et 28,2 % (1 104 heures) du temps total de l’enseignement scolaire à l’instruction religieuse pendant les six premières années. C’est, en moyenne, trois fois plus de temps que dans n’importe quel autre pays.

L’analyse a aussi porté sur les tendances à l’oeuvre au cours des neuf premières années de scolarité, afin de déterminer si l’on attribue plus d’importance à l’éducation religieuse au début ou à d’autres étapes de la scolarité. Treize des 44 pays étudiés allouent plus de temps à ce sujet au cours des septième, huitième et neuvième années de scolarité, deux pays y consacrent la même durée tout au long des neuf années et vingt-neuf accordent plus de temps à l’éducation religieuse au cours des six premières années de scolarité.

Dans les 69 autres pays, l’éducation religieuse n’apparaît pas comme une matière obligatoire ni optionnelle dans les emplois du temps des cours. Cependant, selon les auteurs, cela ne veut pas dire qu’aucun contenu religieux n’est enseigné. Dans les pays à structure fédérale, par exemple, comme la Suisse ou l’Allemagne, où le pouvoir de décision en matière d’éducation est décentralisé, l’éducation religieuse peut figurer sur les emplois du temps officiels dans certaines régions et pas dans d’autres.

L’information présentée, soulignent les auteurs, n’est pas complète et devrait servir « de point de départ d’une réflexion plus large sur la place occupée par l’éducation religieuse dans les systèmes éducatifs » dans nos sociétés de plus en plus multiethniques et multiconfessionnelles. Ce débat est lancé dans les autres chapitres de ce numéro de Perspectives, qui analysent la place de la religion dans quatre systèmes éducatifs différents et présentent la nouvelle ligne de pensée sur ce sujet au sein du Conseil de l’Europe.

En France, où aucune éducation religieuse n’est dispensée dans les écoles publiques, l’historienne et sociologue Mireille Estivalèzes étudie les forces et les échecs de la laïcité : « La société française, explique-t-elle, porte les traces d’un passé profondément chrétien, en particulier à travers ses nombreuses expressions artistiques (...) mais aussi dans de nombreuses références sociales (le calendrier, les vacances, etc.). Mais aujourd’hui, pour les jeunes, la dimension religieuse et symbolique de ce patrimoine culturel est devenue en partie incompréhensible ».

En Israël, Zehavit Gross, de l’Ecole de l’éducation de l’Université Bar Ilan, compare les succès de l’éducation religieuse dispensée par l’Etat (à 20 % des enfants et des jeunes d’Israël) et ses contradictions, parmi lesquelles l’aspiration « à être ouvert sur le monde moderne d’un côté et à s’enfermer dans le monde de la religion et de la Halacha (loi juive) de l’autre ».

Rukhsana Zia, spécialiste de l’éducation et Déléguée permanente adjointe du Pakistan à l’UNESCO, reconnaît que l’éducation religieuse constitue une part importante de l’éducation au Pakistan mais que des recherches plus poussées sont nécessaires pour vérifier si, comme certains universitaires le supposent, l’éducation dispensée par la plupart des institutions religieuses se borne principalement au fait d’apprendre par cœur le Coran, et que très peu d’entre elles offrent une éducation de base ou des cours modernes.

La montée de la religion orthodoxe dans la Fédération de Russie, explique le journaliste russe spécialiste de la religion Alexandre Soldatov, est visible à travers « l’ouverture d’un nombre croissant d’écoles orthodoxes ». Il conclut que « les discussions portant sur la norme éducative pour la théologie sont purement politiques et tendent à camoufler le désir qu’ont certains cercles religieux de voir leur rôle social et leur statut juridique changer de façon radicale ».

En Europe, le débat sur la place de la religion dans l’éducation a été relancé après l’attaque contre le World Trade Centre le 11 septembre 2001, écrit James Wimberley, du Conseil de l’Europe. Cet événement, dit-il, a été perçu comme « un vrai appel » à résoudre « le problème, aussi grave que largement répandu, des mauvaises relations intercommunautaires en Europe », où « la méfiance mutuelle, l’intolérance, les incidents racistes et la discrimination prennent principalement une forme ethnique, mais parfois aussi religieuse ». La décision a été prise de faire du « dialogue interculturel et interreligieux » l’un des axes majeurs de l’action du Conseil.

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* Perspectives est une coédition du Bureau international d’éducation de l’UNESCO à Genève (Suisse) et des Editions universitaires Kluwer. Publiée pour la première fois en 1971, Perspectives est une plate-forme d’échange d’idées sur des sujets éducatifs actuels et controversés, présentant les points de vue de chercheurs, d’universitaires, de décideurs, de concepteurs de programmes scolaires, d’éducateurs et d’étudiants de deuxième cycle.

** Le Bureau international d’éducation est un centre international dans le domaine des contenus et des méthodes d’éducation, qui porte une attention particulière au développement des programmes scolaires. Il développe trois programmes de base : a) acquisition de compétence ; b) dialogue sur la formulation des politiques d’éducation ; et c) banque de ressources et observatoire de tendances.

La page d’accueil de Perspectives peut être consultée sur : www.wkap.nl/journals/prospects
Les pages de contenus et des informations sur des versions en d’autres langues sont également disponibles sur la page d’accueil du BIE : http://www.ibe.unesco.org



 
Auteur(s) UNESCOPRESSE
Source Communiqué de presse N° 2003-29
Generic Field
Espagnol
Contact éditorial : John Fox, Responsable des Publications, BIE. Tél. : +41 22 917 78 00
- Email j.fox@ibe.unesco.org
Date de publication 02 Jun 2003
© UNESCO 1995-2007 - ID: 12326