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Education dans les pays arabes : Cinq millions de filles ne sont pas scolarisées dans le primaire

Paris - Quelque huit millions d’enfants en âge de suivre l’école primaire, dont cinq millions de filles, ne sont toujours pas scolarisés dans le monde arabe, révèle un rapport publié par l’UNESCO. Pourtant, quand les filles se voient offrir un accès à l’école, elles ont moins tendance à redoubler que les garçons et elles parviennent plus fréquemment au bout de leur cursus, dans le primaire comme dans le secondaire.

Elaboré par l’Institut de la statistique de l’UNESCO, ce rapport régional porte sur dix-neuf pays arabes : Algérie, Arabie saoudite, Bahreïn, Djibouti, Egypte, Emirats arabes unis, Iraq, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Mauritanie, Maroc, Oman, Qatar, Soudan, Syrie, Tunisie et le Yémen, ainsi que les Territoires autonomes de l’Autorité palestinienne. Ce groupe compte 270 millions d’habitants dont 39 % sont âgés de moins de quatorze ans.

Cette étude statistique porte sur l’année scolaire 1999/2000, et, par conséquent, ne prend pas en compte les dommages subis par le système scolaire du fait des conflits dans les Territoires autonomes palestiniens et en Iraq. Or, dans ces deux cas, note le rapport, le niveau de scolarisation des enfants est relativement élevé.

L’étude souligne « les investissements considérables » consentis pour l’éducation dans cette région du monde ces quarante dernières années, permettant à nombre de pays de se rapprocher de l’objectif d’une scolarisation de tous les enfants. Néanmoins, la parité, soit le même taux de scolarisation pour les garçons et les filles, n’est atteinte que dans cinq cas : les Territoires autonomes palestiniens, Bahreïn, la Jordanie, le Liban et les Emirats arabes unis. Cependant, comparé à d’autres régions du monde, comme l’Afrique francophone, le groupe arabe affiche un meilleur équilibre entre les sexes dans les taux de fréquentation de l’école primaire.

Selon ce rapport, 35 millions d’enfants du monde arabe étaient inscrits à l’école primaire l’année scolaire 1999/2000, les garçons représentant 54 % des effectifs. Ce qui laisse encore un enfant sur cinq en âge de suivre le primaire (et une fille sur quatre) en dehors de l’école. Djibouti se trouve au bas de l’échelle, avec seulement 30 % d’enfants scolarisés en primaire. C’est aussi le pays où l’écart entre garçons et filles est le plus important dans le primaire, avec un peu plus de 35 % de garçons inscrits à l’école pour 26 % des filles.

En même temps, le rapport souligne que dans tous les pays, sauf au Soudan, les filles redoublent moins que les garçons. Dans l’ensemble de la région, seulement 6% des filles redoublaient leur année contre 9% des garçons. Cependant, ces moyennes cachent de fortes disparités d’un pays à l’autre. Le pourcentage de redoublants en Jordanie, par exemple, qui est le plus faible de la région (1%), contraste avec celui de la Tunisie, qui est le plus élevé (16%).

Plus de 90% des enfants qui commencent le primaire dans la région vont jusqu’au bout de ce cycle, avec un taux de réussite presque partout légèrement supérieur pour les filles (sauf dans le cas des Emirats, où 93% des garçons achèvent leurs études primaires contre 92% des filles).

Dans le secondaire, indique le rapport, environ 22,5 millions de lycéens de tous âges étaient inscrits l’année scolaire de référence, ce qui représente 60 % des adolescents du groupe d’âge concerné (autour de 12-18 ans). Un peu moins de 10,6 millions, soit 47 %, sont des filles. Là encore, les chiffres cachent des différences notables entre pays. Le rapport souligne en outre que les taux de scolarisation restent bien inférieurs à ceux enregistrés dans le primaire.

Selon le rapport, les élèves ont le plus de chance de passer du primaire en secondaire au Bahreïn (98%), en Jordanie (97%), dans les Territoires autonomes palestiniens (96%), dans les Emirats arabes unis (96%) ainsi qu’à Oman (95%). En revanche, en Algérie et en Tunisie, l’étude révèle que seuls deux enfants sur trois parviennent à cette transition.

Toujours selon le document, la proportion de filles inscrites dans un établissement secondaire augmente. Par exemple, au Bahreïn, 87 % de filles en âge d’être scolarisées dans le secondaire vont au lycée, contre 77 % des garçons. En Jordanie, les proportions sont respectivement de 78 et 73 %.

Le rapport souligne les taux généralement élevés de redoublants dans le secondaire, garçons ou filles, même si, tout comme à l’école primaire, ces dernières parviennent à de meilleurs résultats dans les treize pays concernés ayant fourni des données suffisamment précises. En Algérie, dans le secondaire, 31% des garçons étaient redoublants pour 24% des filles. En Tunisie, c’était le cas de 20% des garçons et de 17% des filles, et, en Arabie saoudite, de 12% des garçons et seulement de 6% des filles.

Chacun des pays étudiés dispose d’au moins une institution d’enseignement supérieur. Le rapport fait cependant observer que « beaucoup d’étudiants de la région émigrent pour se spécialiser ou suivre leurs études supérieures », en Europe, en Amérique du Nord ou dans d’autres pays arabes.

L’année de référence, quelque cinq millions d’étudiants étaient inscrits à l’université, dont un peu plus de deux millions de femmes, soit 40% environ. La participation des femmes à l’enseignement supérieur est plus faible que celle des hommes en Iraq, à Djibouti, au Maroc et dans les Territoires autonomes palestiniens.

Les sciences sociales, le commerce et le droit sont les filières choisies en priorité par les étudiants - par exemple par le tiers des étudiants palestiniens. En Arabie saoudite, la moitié des étudiants ont choisi une formation à l’enseignement, contre 2% seulement au Maroc ou au Liban. L’agriculture et les services sont les disciplines les moins recherchées.

Le rapport relève la proportion élevée de femmes dans le corps enseignant à travers le monde arabe. Elles représentent les trois quarts des éducateurs dans le pré-primaire et 52% des instituteurs. Leur nombre décroît énormément dans l’enseignement universitaire : les statistiques n’étaient pas disponibles pour l’année considérée, mais en 1998/99 elles ne représentaient qu’un quart du corps enseignant supérieur.

La majorité de ces enseignants, selon le rapport, sont qualifiés. La seule exception est le Liban, où, par exemple, seul un instituteur sur cinq a les qualifications requises au plan national lorsqu’il commence à enseigner .

Dans le primaire, le taux d’encadrement varie grandement, passant du faible nombre de douze élèves par enseignant en Arabie saoudite à 45 en Mauritanie. La moyenne dans les quinze pays qui ont fourni des données sur ce point est de 23 élèves par enseignant.

L’enseignement privé est très faible dans la plupart des pays, excepté au Liban (où il représente 66 % de l’enseignement primaire et 53% du secondaire) ou dans les Emirats (respectivement 45 et 32 %).

Les budgets publics consacrés à l’éducation sont également d’un niveau très inégal. Avec 9,5% de son produit intérieur brut engagé dans l’éducation nationale, l’Arabie saoudite est le pays de la région qui investit le plus dans ce secteur, suivi par la Tunisie (7,5% du PIB). Par contraste, les Emirats, le Liban et la Mauritanie n’allouent que 2 ou 3% de leur PIB à l’éducation. La proportion pour les autres pays varie de 3,4%, pour la Syrie, à près de 5%, pour le Maroc.

Ces chiffres représentent un grand progrès des dépenses consacrées à l’éducation dans cette partie du monde au cours des quatre dernières décennies. Cet investissement s’est avéré fructueux, souligne le rapport : de 1960 à 1985, le temps de scolarisation des enfants s’est allongé en moyenne de deux ans et demi. Il mentionne aussi l’accroissement du nombre de femmes ayant pu intégrer le marché du travail ces vingt dernières années, «bien qu’elles occupent en général des emplois moins bien payés que hommes».

Il n’en reste pas moins qu’un homme sur trois et une femme sur deux sont toujours analphabètes dans la région. L’Iraq a le taux le plus élevé d’analphabétisme (61 %) et la Jordanie le plus bas (12 %). Les pays où le taux d’analphabétisme des femmes est le plus élevé sont l’Iraq (77 %), le Yémen (76 %), la Mauritanie (71 %) et le Maroc (65 %).



 
Auteur(s) UNESCOPRESSE
Source Communiqué de presse N° 2003-28
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Date de publication 14 May 2003
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