Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture
Crimes à l'encontre des journalistes : une stratégie contre l'impunité
Journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai 2003

Paris – Le commentateur radio le plus célèbre d’Haïti, Jean Léopold Dominique, a été tué par balle le 3 avril 2000, alors qu’il se rendait à la station où il travaillait. Ses tueurs sont toujours en liberté. De même que n’ont toujours pas été arrêtés les assassins de Georgiy Gongadze, le rédacteur en chef du site internet ukrainien d’information, www.pravda.com.ua, qui a été trouvé décapité le 2 novembre 2000. Un peu partout dans le monde, des assassins de journalistes jouissent de l’impunité.


A l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai dans le monde entier, l’UNESCO organise une conférence internationale, qui réunira professionnels et organisations de médias, autour du thème de l’impunité des crimes perpétrés contre les journalistes. Cette conférence qui se tiendra à Kingston (Jamaïque) visera à définir des stratégies dans ce domaine. Le 2 mai, le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, décernera le Prix 2003 UNESCO/Guillermo Cano pour la liberté de la presse à la journaliste Israélienne Amira Hass.

Dans son message diffusé à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Koïchiro Matsuura, explique que « chaque fois qu'un journaliste fait l'objet de violences, d'intimidations ou d'une détention arbitraire parce qu'il a à cœur de faire connaître la vérité, tous les citoyens sont privés du droit de s'exprimer et d'agir selon leur conscience ».

Selon l’ONG internationale Comité pour la protection des journalistes (CPJ)1, 20 journalistes ont été tués en 2002, visés précisément à cause de leur profession. C’est ce que l’Association interaméricaine de la presse (IAPA)2 appelle « la plus archaïque et la plus brutale » des formes de répression contre la liberté de la presse. « A la fin de l’année, la plupart de ces 20 assassins n’avaient pas été traduits en justice – un record d’impunité qui menace la liberté de la presse dans le monde entier », lit-on dans l’introduction du rapport du CPJ sur les attaques contre les médias.

Le CPJ note que 366 journalistes ont été tués pendant leur travail, cette dernière décennie. Selon les mêmes statistiques, 60 journalistes (16 %) sont morts au cours d’affrontements armés, tandis que 277 (76 %) ont été assassinés. Les autres journalistes disparus ont été tués dans des situations conflictuelles qui ne peuvent pas être considérées comme des combats – en couvrant des manifestations de rue, par exemple.

Depuis 1993, le CPJ a enregistré uniquement 21 cas où les commanditaires du meurtre d’un journaliste ont été arrêtés et poursuivis. Cela veut dire que, dans 94 %, des cas l’impunité a prévalu.

Le problème de l’impunité concerne aussi la mort des correspondants de guerre. Dans de nombreux cas, ils sont tués bien qu’ils portent des gilets les identifiant comme membres de la presse. Ces assassinats n’ont que très rarement donné lieu à des actions de justice contre ceux qui les ont perpétrés.

Neuf journalistes ont été tués en Afghanistan en 2002 et au moins 9 sont morts en Iraq cette année. Le Directeur général de l’UNESCO a lancé des appels répétés aux belligérants pour qu’ils respectent les accords internationaux et qu’ils considèrent les journalistes comme des civils. « En aucun cas, les journalistes ne doivent être pris pour cible », a-t-il déclaré, rappelant l’Article 79 du Protocole additionnel à la Convention de Genève qui stipule que « les journalistes qui accomplissent des missions professionnelles périlleuses dans des zones de conflit armé seront considérés comme des personnes civiles ».

« En temps de guerre et de conflit violent, les dangers courus par les journalistes sont plus sérieux qu'en temps normal mais c'est précisément dans ces circonstances qu'une information indépendante, exacte et professionnelle est précieuse », déclare Koïchiro Matsuura dans son message. Les organisations professionnelles demandent des enquêtes complètes sur les assassinats de journalistes dans les zones de guerre.

Le problème de l’impunité des crimes perpétrés contre les journalistes a donné naissance à une résolution de l’UNESCO, adoptée par les Etats membres de l’Organisation le 12 novembre 1997. Elle appelle les Etats membres à « établir le principe d’imprescriptibilité des crimes contre les personnes quand ces crimes sont perpétrés pour empêcher l’exercice de la liberté de l’information et d’expression ou quand leur objectif est l’obstruction à la justice » et elle demande instamment aux gouvernements de « parfaire les législations de manière qu’elles permettent de poursuivre et de condamner ceux qui sont les instigateurs des assassinats de personnes exerçant leur droit à la liberté d’expression ». Elle demande aussi des dispositions légales pour que « les auteurs d’infractions commises contre des journalistes agissant dans l’exercice de leur activité professionnelle ou contre les médias [soient] traduits devant les juridictions ordinaires ou de droit commun »

Le Directeur général s’est fait l’écho de ces principes dans son message : « Nous devons nous acquitter dans les faits de la dette que nous avons collectivement envers les journalistes qui souffrent en notre nom. Nous devons tout au moins partir en guerre contre l'impunité. Je lance donc un appel à toutes les autorités, à tous les niveaux, pour qu'elles assument la responsabilité qui leur incombe de veiller à ce que les crimes dont les journalistes sont victimes ne restent pas impunis. Il est essentiel que toutes les violations commises fassent l'objet d'enquêtes approfondies, que tous leurs auteurs soient poursuivis et que tous les systèmes et toutes les procédures judiciaires offrent la possibilité de punir les personnes jugées coupables. Il est indispensable d'observer ces conditions pour remédier aux violations des droits de l'homme. La fin de l'impunité répond à notre besoin de justice ; en outre, et plus fondamentalement, c'est un bon moyen de prévenir les agissements illicites ».

Depuis l’adoption de la résolution de l’UNESCO, des progrès ont été enregistrés. Le Réseau Damoclès3, qui réunit des avocats, des juges, des journalistes, des militants des droits de l’homme et des experts en droit pénal international, créé avec l’ONG Reporters sans frontières, note que « des progrès ont été réalisés contre la tradition de violence envers les journalistes au Chili, en Afghanistan et au Timor Leste ».

Damoclès se félicite de constater des signes de progrès dans certains pays, mais, malgré ces améliorations, a conservé une « Liste noire » des pays où « les assassins, les ravisseurs et les tortionnaires de journalistes restent impunis ».

La Journée mondiale de la liberté de la presse sera célébrée par l’UNESCO à Kingston, Jamaïque, par une conférence internationale sur le thème « Liberté d’expression : les défis du début du millénaire ». Elle comportera une séance intitulée « Crimes impunis contre des journalistes : une stratégie contre l’impunité » (les 2 et 3 mai) réunissant des professionnels des médias et des représentants d’organisations professionnelles qui présenteront des études de cas réalisées au Brésil, en Iran, au Népal, au Rwanda et dans les Caraïbes.

« La sécurité des journalistes » sera également discutée pendant le séminaire, qui comportera des études de cas réalisées en Afghanistan, au Pays basque (Espagne), aux Caraïbes, en Israël, en Colombie et au Zimbabwe.

A l’occasion de la Journée mondiale de la presse en Jamaïque, la journaliste israélienne Amira Hass, la première et seule journaliste israélienne vivant dans les Territoires palestiniens, se verra décerner le Prix 2003 UNESCO/Guillermo Cano pour la liberté de la presse (le 2 mai, à 18 h). Amira Hass effectue pour le journal Ha’aretz des reportages émouvants sur la vie quotidienne et les difficultés des Palestiniens, malgré les restrictions venant tant des autorités militaires israéliennes que des autorités palestiniennes. Son indépendance et sa vision critique des politiques israélienne et palestinienne l’ont exposée à des pressions des deux camps.

« Amira Hass a montré un engagement professionnel et une indépendance exceptionnels, ainsi qu’un véritable courage, tout au long de la décennie écoulée. Si la paix s’établit entre Israéliens et Palestiniens, ce sera grâce à des personnes comme Madame Hass, qui sont capables de regarder les faits et de les comprendre », a déclaré Koïchiro Matsuura à propos de la lauréate.

Le Prix a été créé par l’UNESCO et la Fondation Guillermo Cano. Le journaliste colombien Guillermo Cano a été assassiné en 1997 et son meurtre reste impuni.

Parmi les lauréats des années précédentes figurent : Geoffrey Nyarota (Zimbabwe), 2002 ; le journaliste emprisonné U Win Tin (Myanmar), 2001 ; Nizar Nayyouf (Syrie), 2000 ; Jesus Blancornelas (Mexique), 1999 ; Christina Anyanwu (Nigeria), 1998 ; et Gao Yu (Chine), 1997.



  • Pour toute information sur l’UNESCO et la Journée mondiale de la liberté de la presse, y compris le texte intégral du message du Directeur général, voir le lien vers le « 3 mai » sur : www.unesco.org/webworld



    1. www.cpj.org
    2. L’IAPA fait depuis longtemps campagne pour la fin de l’impunité des crimes contre les journalistes dans une région particulièrement touchée par ce problème. Pour plus d’information voir : www.impunidad.com/
    3. Voir le Réseau Damoclès sur www.rsf.org



    La Journée mondiale de la liberté de la presse
    célébrée en Jamaïque


    « Crimes impunis contre des journalistes : une stratégie contre l’impunité » sera le thème principal de la Journée mondiale de la liberté de la presse célébrée cette année à Kingston, en Jamaïque. A cette occasion, l’UNESCO organise une conférence internationale de deux jours, intitulée « La liberté d’expression : défis du nouveau millénaire ». C’est à Kingston également que le Prix mondial UNESCO/Guillermo Cano pour la liberté de la presse sera remis, le 2 mai, à la journaliste israélienne Amira Hass.

    La Conférence, qui se tiendra au Centre international des conférences de la Jamaïque, réunira quelque 150 professionnels des médias et représentants d’organisations non gouvernementales du secteur, ainsi que plusieurs ministres. Les débats porteront sur l’impunité, la sécurité des journalistes, la liberté d’expression et les nouvelles technologies de l’information et de la communication pour la société de l’information.

    La ministre jamaïcaine de l’Education, de la Jeunesse et de la Culture, Maxine Henry-Wilson, qui préside la Commission nationale de son pays pour l’UNESCO, accueillera les participants à l’inauguration de la Conférence (9h, le 2 mai). Le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, rappellera ensuite les enjeux. Le Premier ministre de la Jamaïque, Percival J. Patterson, fera le discours d’ouverture, suivi de James Ottaway Jr, Président du Comité mondial pour la liberté de la presse.

    Une exposition sur le thème « Les réponses du multimédia aux défis de la liberté d’expression », préparée par des organisations et des institutions nationales et internationales, et inaugurée le 2 mai (10h), précédera la première séance plénière qui aura pour sujet : « Crimes impunis contre des journalistes : une stratégie contre l’impunité ». Un état mondial du problème sera détaillé par Joel Simon, Directeur par intérim de l’ONG internationale Comité de protection des journalistes, qui a identifié 20 cas de journalistes tués en lien direct avec l’exercice de leur métier en 2002. Un bilan de la situation internationale dans ce domaine sera dressé par Julio Muñoz, Directeur adjoint de l’Association interaméricaine de la presse et Pierre Lemoine, de l’ONG Reporters sans frontières. D’autres intervenants présenteront des synthèses de la situation au Brésil, en Iran, au Népal, au Rwanda et dans les Caraïbes.

    La deuxième séance plénière s’intéressera à « La sécurité des journalistes » et comprendra des présentations sur l’Afghanistan, par Abdul Hameed Mubaraz, ministre délégué de l’Information et de la Culture d’Afghanistan ; sur le Pays basque (Espagne), par Carmen Gurruchaga Basurto, d’Antena 3 à Madrid ; sur les Caraïbes, par Debbie Ransome, du BBC World Service ; sur Israël, par Amira Hass du journal Ha’aretz ; sur la Colombie, par Marta Ruiz, du Proyecto Antonio Nariño pour la défense de la liberté et les droits de l’homme ; sur le Zimbabwe, par Reyhana Masters-Smith, Présidente du Media Institute of Southern Africa.

    La cérémonie officielle de remise du Prix mondial UNESCO/Guillermo Cano pour la liberté de la presse aura lieu le 2 mai, entre 18 et 20 h, à King’s House, en présence de la lauréate, Amira Hass, du Gouverneur général de la Jamaïque, Sir Howard Cooke, du Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, d’Oliver J. Clarke, Président du jury du Prix mondial UNESCO/Guillermo Cano pour la liberté de la presse et Directeur général du groupe de presse jamaïcain Gleaner Ltd et d’Ana Maria Busquets de Cano, Présidente de la Fondation Cano. La cérémonie sera diffusée en direct à la télévision, par Jamaica Information Service (JIS), avec un lien satellite fourni par Caribbean Media Corporation.

    Le 3 mai, une séance plénière (9h-10h45) portera sur « La liberté d’expression dans les sociétés du savoir : les opportunités », avec des présentations sur le développement de la démocratie participative et de la société civile mondiale, par Mihir Kshirsagar, coordinateur du mouvement Public Voice Coalition et membre du Washington Electronic Privacy Information Center (EPIC) ; sur les nouvelles opportunités pour un nouveau journalisme, par Hopeton Dunn, du Caribbean Institute for Media and Communication (CARIMAC) ; sur les défis juridiques, économiques et politiques pour créer des sociétés du savoir dans les Caraïbes, par Bernice Lake, avocate et défenseur du Conseil de la presse des Caraïbes orientales ; sur la formation des journalistes, par Patrick Butler, du Centre international pour les journalistes, basé à Washington.

    La séance plénière suivante, à 11h15, se consacrera aux « Obstacles à une pleine liberté d’expression dans la société de l’information ». Animée par Ambeyi Ligabo, rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté d'opinion et d'expression, elle comprendra des présentations sur l’accès aux moyens de communication, par Toby Mendel, directeur du Programme « Loi et Asie » de l’ONG pour la liberté d’expression Article 19 ; sur les pressions économiques, par Larry Kilman, directeur de la communication à l’Association mondiale des Journaux ; sur les défis technologiques auxquels sont confrontés les médias traditionnels dans les Caraïbes, par Claude Robinson, du groupe Recherche et Politique, au sein de la Mona School of Business, University of the West Indies.

    La séance, commençant à 14h30, intitulée « Liberté d’expression, TIC et développement : quels rapports ? », animée par Eduardo Bertoni, Rapporteur spécial sur la liberté d’expression, Organisation des Etats Américains, comprendra les présentations suivantes : Développement économique et liberté de la presse, par Daniel Kaufmann, Directeur du Global Governance and for Latin America Capacity Building (LCR) à l’Institut de la Banque mondiale ; Une étude de cas : Le développement des centres de médias communautaires, par T. R. Gopalkrishnan, Conférencier, Université de Madras ; Médias communautaires libres et TIC pour le progrès humain, par Karin Delgadillo, Directrice exécutive de ChasquiNet, Equateur ; Journalisme, nouveaux médias et sida dans les Caraïbes, par Jones P. Madeira, conseiller en information, auprès du Conseil épidémiologique des Caraïbes.

    A 16h30, Oliver Clarke, Président du jury du Prix UNESCO/Guillermo Cano, présidera la séance de clôture. Des conclusions seront proposées par le ministre de l’Information de la Jamaïque, le sénateur Burchell Whiteman, et par Abdul Waheed Khan, Sous-Directeur général de l’UNESCO pour la Communication et l’Information.

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    Pour tout renseignement sur les possibilités de diffusion audiovisuelle, contacter
    Garcia Thornhill, Caribbean Media Corporation (CMC) Earth Station
    +1-246-467-1028 / +1-246-228-7757 / +1-246-230-0347


    Accréditation presse et information en Jamaïque :
    Rosalee Fraser, Jamaica Information Service, tel: (876) 926-8428 ou 926-3590-5, poste 2007/8,
    e-mail: records@records@jis.gov.jm


    Egalement à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le 2 mai, la Fédération internationale des Journalistes et un groupe d’organisations de médias, des syndicats de journalistes et de groupes pour la liberté de la presse lanceront l’International News Safety Institute (INSI) – une campagne mondiale pour créer une culture de sécurité au sein du monde des médias.


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    Auteur(s) UNESCOPRESSE
    Source Communiqué de presse N° 2003-27
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    Espagnol
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    - Email C.Darmouni@unesco.org
    Date de publication 28 Apr 2003
    © UNESCO 1995-2007 - ID: 11641