Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture
L'UNESCO va créer une structure de médiation pour les conflits liés à l'eau

Kyoto (Japon), 21 mars – La création d’une nouvelle structure pour aider les pays à prévenir et résoudre les conflits concernant l’eau a été annoncée aujourd’hui par le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, lors du 3e Forum mondial de l’eau qui se tient au Japon. Cette structure associera l’UNESCO, le Conseil mondial de l’eau et la Cour Permanente d’Arbitrage de La Haye.



Basée au siège de l’UNESCO à Paris, la nouvelle structure devra « réagir aux crises, aider ou intervenir dans ces crises - quand cela sera demandé par les protagonistes –, anticiper et prévenir les conflits liés à l’eau », a déclaré Koïchiro Matsuura. Les Etats, les particuliers et les organisations intergouvernementales pourront se tourner vers cette structure pour parvenir à résoudre les conflits et problèmes concernant les ressources internationales en eau, ainsi que les disputes locales – qu’il s’agisse d’un désaccord autour d’un projet de barrage sur une rivière partagée ou de la pollution d’un aquifère international.

Selon la nature du conflit et des demandes des parties impliquées, la structure offrira différents services, parmi lesquels : conseil technique et juridique, formations en matière de négociation sur l’eau, conciliation, missions d’étude et éventuelles missions de bons offices ou mise en place de conditions favorables à des négociations de haut niveau.

« L’UNESCO fournira à la "communauté de l’eau" les moyens nécessaires, un environnement favorable, un soutien politique, l’aide de professionnels, des mécanismes juridiques pour anticiper, prévenir et résoudre les conflits liés à l’eau », a déclaré Koïchiro Matsuura. Le Programme hydrologique international (PHI) de l’UNESCO utilisera ses réseaux d’experts à travers le monde pour faciliter les discussions et coordonner des recherches entre les pays, tout en aidant ces pays à améliorer leurs capacités institutionnelles et techniques en vue de mieux gérer les ressources en eau.

La nouvelle structure sera une initiative conjointe de l’UNESCO et du Conseil mondial de l’eau, organisme international de pointe en matière de réflexion sur les politiques de l’eau. Le Conseil aidera à mobiliser un soutien politique pour cette structure tout en donnant aux protagonistes d’une dispute des conseils sur les politiques à suivre.

De plus, la Cour Permanente d’Arbitrage, basée à La Haye (Pays-Bas) fournira des conseils juridiques et un lieu de rencontre neutre pour les parties à la recherche d’une conciliation, ainsi que des missions d’étude sur des désaccords internationaux portant sur l’eau ou d’autres formes d’aide à la demande.

« La structure confèrera une nouvelle dimension aux efforts de la Cour Permanente d’Arbitrage pour résoudre de façon pacifique les disputes concernant les ressources naturelles », a déclaré Tjaco van den Hout, Secrétaire général de la Cour Permanente d’Arbitrage.

Le Universities Partnership for Transboundary Waters (Partenariat des universités sur les eaux partagées), qui réunit dix universités sur les cinq continents, aidera à développer des outils éducatifs et des programmes de formation en matière de négociations concernant l’eau.

« Nous n’avons pas besoin de nouvelles déclarations, ce qu’il faut aujourd’hui ce sont des actions », a déclaré Koïchiro Matsuura. Près d’un tiers de 263 bassins fluviaux internationaux sont partagés par plus de deux pays et 19 d’entre eux en concernent cinq et plus. Une bonne partie de l’Afrique et du Moyen-Orient dépend de ressources en eau "étrangères" (c’est-à-dire provenant d’autres pays) pour plus de la moitié de leur propre eau ; c’est également le cas de la pointe Sud de l’Amérique latine.

On estime généralement que la demande croissante en eau conduira à des conflits et même à des guerres pour cette richesse. Cependant, selon plusieurs études publiées par l’UNESCO, pénurie ne signifie pas catastrophe ou conflit. Le Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau (WWDR) - publié par l’UNESCO et réalisé par le Programme d’évaluation des ressources mondiales en eau (WWAP) - présente une étude (1) analysant toutes les interactions, entre deux pays ou plus, au sujet de l’eau au cours des 50 dernières années. Sur un total de 1 831 interactions, la très grande majorité d’entre elles, 1 228, se traduisent par des coopérations. Elles ont impliqué la signature de près de 200 traités d’utilisation partagée de l’eau ou la construction de nouveaux barrages. S’agissant des 507 événements conflictuels, 37 ont entraîné des actes de violence parmi lesquels 21 avec actions militaires.

Bien que la pénurie d’eau augmente évidemment les tensions entre les pays, la source réelle de conflit ou de déstabilisation découle du manque de traités ou de structures internationales pour gérer conjointement des ressources partagées. Il y a trois signes de danger pour les bassins fluviaux internationaux : "l’internationalisation" des bassins, ou la création de nouveaux Etats indépendants (comme après l’éclatement de l’Union soviétique) ; des projets unilatéraux de développement, comme la construction de barrages dans des bassins sans accords juridiques bilatéraux et structures de négociation ; une hostilité plus générale, portant sur des sujets autres que l’eau.

Selon les résultats de cette étude, les bassins suivants représentent « des potentiels de dispute dans les cinq à dix ans à venir » : Gange-Brahmapoutre, Han, Incomati, Kunene, Kura-Araks, Lac Tchad, La Plata, Lempa, Limpopo, Mékong, Ob (Irtych), Okavango, Orange, Salween, Sénégal, Tumen et Zambèze. De plus, il y a quatre bassins « actuellement en conflit ou au centre de négociations actives » : Aral, Jourdain, Nil, Tigre-Euphrate.

Koïchiro Matsuura a annoncé cette création aujourd’hui à Shiga, pendant la séance de clôture sur « L’eau pour la paix », organisée par l’UNESCO au 3e Forum mondial de l’Eau.



(1) L’étude a été réalisée par le Dr Aaron Wolf de l’Université d’Etat de l’Oregon et le Partenariat des universités sur les eaux transfrontalières, un partenaire majeur de l’UNESCO pour la nouvelle structure de coopération pour l’eau.



 
Auteur(s) UNESCOPRESSE
Source Communiqué de presse N° 2003-22
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Date de publication 21 Mar 2003
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