Les meilleurs specialistes mondiaux des langues en péril se réunissent à l'UNESCO


Paris – Alors que la diversité linguistique de la planète s’amenuise à un rythme sans précédent, au point que la plupart des langues du monde pourraient être supplantées par quelques langues dominantes d’ici la fin du siècle, les meilleurs experts de ces questions, membres de la communauté scientifique ou d’ONG, se réuniront à l’UNESCO du 10 au 12 mars. 


« La sauvegarde des langues en péril » : c’est sous cet intitulé que cette Réunion internationale d’experts sur le programme de l’UNESCO cherchera à identifier les moyens de lutter contre ce phénomène de déperdition linguistique et d’établir le rôle spécifique de l’UNESCO dans les actions à mener.

Cette réunion sera ouverte par le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, qui estime que « la préservation des langues, en tant que vecteurs du patrimoine immatériel de l’humanité, est une priorité pour l’Organisation ». « En tant que gardienne de la diversité culturelle, l’UNESCO doit renforcer son action en vue d’encourager les gouvernements à lutter contre le dépérissement de milliers de langues, dit-il. Il ne s’agit en aucun cas d’affaiblir les langues dominantes mais de construire des sociétés vraiment multiculturelles dont personne ne pourra se sentir exclu. »

L’allocution du Directeur général sera suivie par la projection de neuf programmes courts réalisés par Discovery Communications Inc., en partenariat avec l’UNESCO et le programme « L’ONU travaille ». Ces courts métrages, qui racontent l’histoire de locuteurs de langues menacées, ont été tournés en Ecosse, en Suède, au Canada, au Japon, en Malaisie, au Mexique, en Argentine et en Inde, et diffusés à l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, le 21 février dernier.

Une quarantaine de linguistes de haut niveau seront présents à la réunion du 10 au 12 mars, dont Michael Krauss (Etats-Unis), Herbert Chimhundu (Zimbabwe), Margarita Lukina (Russie), Sun Hongkai (Chine), Lachman Khubchandani (Inde), Eithne Carlin (Pays-Bas), Tapani Salminen (Finlande), Joseph Palacio (Belize), Bruna Franchetto (Brésil) et David Crystal (Royaume-Uni), qui introduira les débats par une allocution intitulée « Combler le grand fossé : les menaces qui pèsent sur les langues et la sensibilisation de l’opinion publique ».

Vigdis Finnbogadottir, ancienne présidente de l’Islande et ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO pour les langues, ainsi que des représentants d’ONG comme Terralingua, SIL International ou le Bureau européen pour les langues moins répandues (EBLUL), entre autres, seront également présents.

« Près de 97% des êtres humains parlent 4% des langues du monde ; et inversement, environ 96% des langues du monde sont parlées par quelque 3% des êtres humains. L’hétérogénéité linguistique de la planète repose donc principalement sur un très petit nombre de gens ; au moins 50% des quelque 6 000 langues du monde sont en train de perdre des locuteurs. Et même des langues qui sont encore parlées par des milliers et des milliers de personnes ne sont plus apprises par leurs enfants. Nous estimons que jusqu’à 90% des langues du monde pourraient être supplantées par des langues dominantes d’ici la fin du XXIe siècle.»

Ce diagnostic a été établi par le Groupe d’experts ad hoc sur les langues en péril de l’UNESCO, composé d’une douzaine de spécialistes, qui ont rédigé le document de travail de la réunion, intitulé « Vitalité linguistique et menaces ». Les participants feront le point sur l’état de la recherche sur les langues, sur la diversité linguistique dans les différentes régions du monde et sur les solutions qui permettraient de lutter contre le dépérissement de nombreuses langues.

Ils proposeront des lignes d’actions qui pourraient servir de trame au futur programme de l’UNESCO visant à sauvegarder les langues en danger. En tant qu’organisation engagée dans la défense de la diversité culturelle et du patrimoine immatériel de l’humanité, l’UNESCO peut jouer un rôle clé en encourageant et en aidant ses Etats membres à conserver et à revitaliser les langues en péril, lorsque les communautés concernées le souhaitent.

Selon les propositions préliminaires du Groupe d’experts ad hoc sur les langues en péril, cinq types de mesures peuvent contribuer à cet objectif : former des enseignants et produire du matériel pédagogique ; créer des centres de recherche locaux sur les langues ; mettre en œuvre des politiques linguistiques favorables à la diversité ; développer l’enseignement des langues ; améliorer les conditions de vie des communautés de locuteurs de langues en péril.


Pour des raisons de sécurité, une accréditation auprès du Service de presse est nécessaire.
Tél. : 33 (0)1 45 68 17 48


 
Auteur(s) UNESCOPRESSE
Source Avis aux médias No. 2003-18
Date de publication 06 Mar 2003


© 2004 - UNESCO