Home > Le maire de Hérat en visite à l'UNESCO - Updated: 15-10-2002 8:55 am
Fort préoccupé par la reconstruction et la sauvegarde du patrimoine culturel de Hérat, le maire de cette ville, Mohamed Rafiq Modjhadiddi a profité d'un voyage à Paris pour rencontrer les responsables de la Division du patrimoine culturel.
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Pour plus d'informations sur la ville de Hérat et son histoire, cliquez ici C’était la première fois qu’il venait à Paris. Turban blanc, tenue blanche, Mohamed Rafiq Modjhadiddi, maire de la ville de Hérat en Afghanistan, est venu dans la capitale française, invité par l’organisation " Cités Unies " pour participer à une réunion intitulée " Villes et Paix ", à laquelle étaient également invités plusieurs maires de pays en guerre ou sortant d’une période de guerre, ainsi que des élus de villes françaises. Il a également été reçu par la direction Asie du Ministère français des Affaires étrangères, et par un Comité interministériel regroupant des responsables des ministères français de l’équipement, de l’aviation civile, de la défense et de l’économie et des finances.
Fort préoccupé par la reconstruction de sa ville, et par la sauvegarde du patrimoine culturel de Hérat, auxquels "les habitants de la ville sont fortement attachés", le maire de Hérat est venu à l’Unesco le 19 septembre 2002 pour y rencontrer les responsables de la Division du patrimoine culturel : Laurent Lévi-Strauss, Christian Manhart, ainsi que Jean Musitelli, ambassadeur de France à l’UNESCO.
Une rencontre stratégique, puisque la perspective de l’UNESCO est d’inscrire Hérat sur la Liste du patrimoine mondial dans les années à venir. Une perspective que l’ambassadeur de France à l’UNESCO a dit vouloir appuyer dans le cadre de la convention France-Unesco. Il est vrai que des liens très spécifiques se sont tissés au cours des longues années de guerre, depuis 1979, entre les populations afghane et française. Des liens que personne ne pourra oublier.
En attendant, Laurent Lévi-Strauss a d’abord expliqué à Mohamed Rafiq Modjhadiddi que la Division du patrimoine culturel se lance dans la conservation et la restauration de tous les sites, qu’ils soient ou pas inscrits sur la Liste du patrimoine mondial. Cette division a, en effet, reçu des fonds japonais pour Bamyan et des fonds Italiens pour Hérat et pour le minaret de Jam. Et a envoyé, en mars 2002, deux experts à Hérat, les professeurs Andrea Bruno et Marco Menegotto, pour étudier l’état des principaux monuments historiques de la ville.
L’UNESCO s’est intéressée il y a longtemps déjà à Hérat : la première campagne de restauration de la forteresse date en effet de 1970. Plus tard, pendant la période où gouvernaient les Talebân (1994 jusqu’en 2001), l’Organisation a financé l’association SPACH (Société pour la préservation du patrimoine culturel afghan) pour la restauration du quatrième minaret de Hérat et du Mausolée de Gawhar Shâd. Cette ONG, basée au Pakistan, s’est attachée à faire l’inventaire des pièces que contenait le musée de Kaboul et de celles qui ont disparu. Elle a également tenté de récupérer, les œuvres afghanes volées et vendues illégalement à l’étranger. L’UNESCO et SPACH ont aussi mis en place un atelier de fabrication de faïence traditionnelle, dans l’enceinte de la Grande Mosquée du Vendredi de Hérat, atelier qui forme une soixantaine d’élèves.
Aujourd’hui, l’UNESCO s’attache au 5e minaret fissuré à sa base. Une mission de la Division du patrimoine mondial se rend à Hérat du 19 octobre jusqu’au 5 novembre afin d’y procéder à une analyse détaillée des minarets.
De plus, l’année prochaine, cette Division recevra des fonds extra-budgétaires qu’elle allouera à la restauration de la mosquée de Hérat, au Mausolée de Gawhar Shâd et à la forteresse.
Mohamed Rafiq Modjhadiddi s’est déclaré fort touché par l’appui présent et futur de l’UNESCO et a souligné le rôle important des monuments de Hérat pour la population. "Je me tiens à votre disposition et je veux vous dire que nous ne ferons rien sans vous avoir demandé vos conseils", a-t-il affirmé. La situation du patrimoine culturel de Hérat se trouve aujourd’hui dans une situation alarmante : pour ne donner que quelques exemples : du musée il ne reste plus rien. Et le 5e minaret est sur le point de tomber : le maire de Hérat a interdit toute circulation dans ses alentours. Les jardins qui jouent un rôle important dans la culture afghane ont été détruits, c’est pourquoi le maire de Hérat s’est attaché à en reconstruire grâce à la participation des habitants. Depuis un an, il a replanté plus de 300 000 arbres (qui avaient été coupés à l’époque des Talebân). De plus, une route de 20 km vient d’être construite, qui passe par le quartier célèbre des grandes figures historiques de la région. Ce quartier appelé Khyâbân est très peuplé. En d’autres termes, l’atmosphère de sécurité qui règne depuis peu de temps crée un moment propice pour la reconstruction et la réhabilitation du patrimoine de Hérat. Mais aussi pour la paix. La population est très stimulée, très active. Il faut aujourd’hui donner du travail à tous les habitants de Hérat, à ceux qui reviennent d’un long exil en Iran, ou au Pakistan. "Contrairement à l’image que l’on peut avoir des Afghans, ce ne sont pas des gens qui aiment la guerre", a insisté le maire de Hérat. "Si on a fait la guerre, c’est parce qu’il a fallu se défendre face à l’ingérence, puis l’agression. Si on a fait la guerre, c’est pour la paix".