UNESCO Banner

DIRECTOR-GENERAL OF UNESCO

« L’espèce humaine peut-elle se domestiquer elle-même ? »

Le jeudi 30 mars, le Directeur général a ouvert la séance des Entretiens du XXIe Siècle consacrée au thème « L’espèce humaine peut-elle se domestiquer elle-même ? », à laquelle participaient quatre personnalités éminentes : Axel Kahn, Directeur de l’Institut Cochin de génétique moléculaire (France) ; Paul Sibilia, chercheur dans le domaine de l’anthropologie et de la communication, professeur à la faculté de sciences sociales de Buenos Aires (Argentine) ; Peter Sloterdijk, recteur de la Hochschule für Gestaltung de Karlsruhe, professeur de philosophie et d’esthétique à l’université de Vienne (Autriche) ; et Jacques Testart, biologiste et directeur de recherches à l’INSERM (France).

« En inventant les moyens et les techniques propres à dominer la biologie, l’espèce humaine a instauré la possibilité d’un contrôle continu de certains facteurs évolutifs. Quoi d’étonnant si elle les a, pour une part, appliqués elle-même ? » a déclaré M. Matsuura lors de son intervention liminaire. « Face à l’essor sans précédent de la technoscience, la question l’espèce humaine peut-elle se domestiquer elle-même ? prend nécessairement un autre sens. Pour la première fois dans son histoire, l’espèce humaine est potentiellement capable de se modifier elle-même en tant qu’espèce, et nous nous interrogeons sur les limites de ce pouvoir que nous venons à peine d’acquérir », a-t-il poursuivi.

Le Directeur général s’est réjoui du thème choisi pour cette séance des Entretiens du XXIè siècle qui revêt d’un point de vue prospectif, deux sens : l’espèce humaine peut-elle se domestiquer elle-même dans les faits ? Et le peut-elle dans l’ordre du droit et de l’éthique ? « Pour la première fois de son histoire, l’humanité va donc devoir prendre des décisions politiques, de nature normative et législative, au sujet de notre espèce et de son avenir. Elle ne pourra le faire sans élaborer les principes d’une éthique, qui doit devenir l’affaire de tous. Car les sciences et les techniques ne sont pas par elles-mêmes porteuses de solutions aux questions qu’elles suscitent. Face aux dérives éventuelles d’une pseudo-science, nous devons réaffirmer le principe de dignité humaine. Il nous permet de poser l’exigence de non-instrumentalisation de l’être humain », a-t-il déclaré.

M. Matsuura, avant de donner la parole aux différents intervenants, a évoqué les initiatives prises par l’UNESCO qui « avait su particulièrement anticiper, en fixant des normes et des garde-fous ». « Avec la fondation, dès 1993, du Comité international de bioéthique puis du Comité intergouvernemental de bioéthique, elle s’est dotée d’instruments de référence au niveau international qui ont inspiré Etats et mécanismes d’intégration régionale pour la mise en place de leurs politiques, législations et codes d’éthique. Dans la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme de 1997, la Conférence générale a affirmé que la dignité des individus, quelles que soient leurs caractéristiques génétiques, impose de ne pas les réduire « à leurs caractéristiques générales et de respecter le caractère unique de chacun et leur diversité ». La Déclaration internationale sur les données génétiques humaines et la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme, adoptées en 2003 et 2005, sont venues compléter ce dispositif. L’UNESCO mène en outre, dans le cadre du projet interdisciplinaire « Chemins de la pensée », qui s’inscrit dans le programme de prospective de l’Organisation, une réflexion sur l’avenir de la dignité humaine », a-t-il rappelé.

« L’espèce humaine ne se limite pas à un catalogue de gènes qui détermineraient l’homme dès le stade de la naissance, et que l’on pourrait manipuler pour l’améliorer et la domestiquer davantage et plus facilement là où la culture ou la civilisation ont échoué à le faire. Le fait que l’homme ne naisse pas complet est au contraire ce qui le pousse à s’ouvrir au monde, et c’est ce mouvement, qui est celui-là même de l’éducation, de la formation, de la culture, qui le constitue en tant que membre de l’espèce humaine. Le projet humain est toujours inachevé et inachevable », a-t-il conclu.

  • Author(s):La Porte-parole
  • Source:Flash Info n°52-2006
  • 31-03-2006
Europe and North America Latin America and the Caribbean Africa Arab States Asia Pacific