UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

The Organisation

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Françoise Kreissler

Professeur (Histoire de la Chine moderne et contemporaine) à l'Inalco (Institut national des Langues et Civilisations orientales, Paris). Spécialiste de l'histoire urbaine de la Chine (première moitié du XXe siècle) et de l'histoire de la Deuxième guerre mondiale en Chine.
Les recherches et travaux en cours portent sur l'histoire des Concessions étrangères (XIXe-XXe siècles), ainsi que sur l'histoire des diplomates et acteurs culturels chinois dans l'Europe des années 1900-1950.

Publications en langues française, allemande, anglaise et chinoise sur les relations culturelles sino-allemandes, les communautés juives dans la Chine du XXe siècle.
En particulier: L'action culturelle allemande en Chine, de la fin du XIXe siècle à la seconde guerre mondiale, Paris, 1989.
« L'Institut international de coopération intellectuelle et la Chine: un partenariat privilégié? »

Le dialogue sino-européen reste marqué à ses débuts, dans l'immédiat après-première-guerre, par des non-dits et des tensions diplomatiques manifestes, de sorte que la Chine réagit avec une distanciation certaine au nouvel ordre politique mis en place à Versailles. Fort de son statut de membre de la Société des Nations, la République de Chine s'attache au cours des années vingt à convaincre ses alliés européens de la révision légitime et donc inéluctable des traités dits inégaux, imposés par les grandes puissances au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. Mais en dépit de prestations fortes à la tribune internationale de Genève, les diplomates chinois n'en restent pas moins les porte-parole d'un pouvoir politique atomisé, affaibli par de continuelles guerres civiles.

Avec la mise en place, à partir de 1928, d'un gouvernement central nationaliste, il reviendra à la Chine d'infléchir les objectifs du pays en matière de politique extérieure et de moduler ses offensives frontales, afin de s'adapter, dans la mesure du possible, à la dialectique européenne. La nouvelle ligne politique adoptée par la Chine au sein de l'organisation internationale vise à mettre au service du pays l'assistance technique fournie par la SDN et ses différentes instances.
Si certains projets communs furent élaborés dès le début des années 1920, en particulier dans le domaine sanitaire, la coopération sino-européenne entre dans une période véritablement charnière à partir de 1931, lorsque le gouvernement chinois prend l'initiative d'approcher la SDN et lance ainsi la coopération pratique avec l'organisation de Genève. De son côté, le Ministère chinois de l'Instruction publique soumet des demandes concrètes à Genève, qui les délègue à l'Institut International de Coopération intellectuelle (I.I.C.I.), le précurseur de l'Unesco, créé quelques années auparavant à Paris.

En l'espace de quelques semaines à peine, les contacts ainsi lancés, progressent avec d'autant plus d'efficience qu'ils se placent sous l'égide d'un organisme supranational exempt de toute connotation coloniale et dont l'implantation à Paris favorise la réémergence de liens privilégiés préexistants entre intellectuels et hommes politiques impliqués dès le début du siècle dans des projets communs franco-chinois, liens privilégiés autour desquels se construiront certains des programmes de coopération intellectuelle mis en place dans les années 1920-1930.
Entre 1931 et 1933, le domaine de l'éducation se situe au centre de la coopération sino-européenne, l'I.I.C.I. assumant dans ce contexte la fonction d'acteur international (automne 1931: envoi en Chine d'une mission d'éducateurs européens chargés d'évaluer la situation de l'enseignement en Chine; 1931-1933: détachement de trois universitaires européens auprès de l'Université de Nankin, alors capitale de la Chine; 1932-1933: voyage d'étude effectué en Europe par une mission d'éducateurs chinois; 1934: mission Maurette, chargée de faire le point sur les progrès accomplis par la réforme de l'enseignement en Chine). Le nouveau gouvernement chinois dont l'un des objectifs premiers vise à accélérer la reconstruction et la modernisation du pays, en proie pendant de longues années à des guerres civiles préjudiciables à toute stabilisation et consolidation nationale, compte pour ce faire sur l'aide collective internationale. Terrain de haute sensibilité politique, le domaine de l'éducation reste cependant sous contrôle exclusif du gouvernement nationaliste, et les instances et les experts de la SDN engagés dans les projets et les programmes éducatifs assument pour l'essentiel un rôle de consultant, certes décisif.

Pour faciliter, élargir et intensifier la collaboration avec l'I.I.C.I., et pour assurer l'efficacité des programmes de coopération, la partie chinoise établit à partir de 1932 des organismes appropriés ("Délégation permanente chinoise auprès des Organisations internationales de Coopération intellectuelle" à Genève et à Paris, et "Commission nationale chinoise de coopération intellectuelle" à Shanghai). Disposant désormais de ses propres assises structurelles, la Chine prend à son tour l'initiative de concrétiser des actions culturelles (telle la Bibliothèque sino-internationale, créée à Genève en 1933), avec l'accord et l'appui de l'I.I.C.I.

L'ensemble de ces réalisations culturelles sino-européennes, abondamment évoquées et commentées, tant dans la presse contemporaine que dans les rapports et les publications diverses de l'Institut International de Coopération intellectuelle, de la C.I.C.I. et de la SDN en général, ont bénéficié d'une indéniable visibilité, tout comme d'ailleurs les acteurs européens et en particulier les fonctionnaires de la SDN qui au cours de ces années ont exprimé avec conviction leur volonté de dialogue avec la Chine. En revanche, le rôle des acteurs chinois, pour la plupart issus des élites intellectuelles du pays, n'a guère retenu l'attention des contemporains, dont l'optique eurocentrée n'aura mémorisé que la seule composante européenne de ce partenariat. Repérer et retracer les trajectoires de ces personnalités chinoises hautement engagées dans les actions sino-européennes, devrait permettre de reconstruire les réseaux qui furent à l'origine de cette coopération intellectuelle, tant en Europe qu'en Chine. Une double (re)lecture, aussi bien des structures que des acteurs impliqués pendant les années de l'entre-deux-guerres dans les programmes éducatifs et culturels bilatéraux, pourrait aboutir à une reconfiguration et à une réévaluation pertinentes de la portée des objectifs initiés par l'I.I.C.I. et de la C.I.C.I. et du rôle de l'ensemble des acteurs et des réseaux sino-européens dans la modernisation de la Chine.

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