UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

The Organisation

THE ORGANIZATION

Yvan Gastaut

Yvan Gastaut, Maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Nice, chercheur au Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine (CMMC).
Spécialiste des relations interculturelles dans le bassin méditerranéen, des questions migratoires, du racisme et des enjeux identitaires liés au situations cosmopolites.
Auteur de l'ouvrage "L'opinion française et l'immigration sous la Vème République", Paris, Seuil, 2000.
Prépare un ouvrage sur "Racisme et antiracisme en France depuis 1945, idéologie, pratique, représentations".
« L’UNESCO, les races et le racisme : permanences et mutations »

L’Acte constitutif de l’UNESCO exprime un état d’esprit caractéristique en matière de relations interculturelles : « les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ». Aider les personnes à vivre ensemble, faire des Droits de l’homme et de la lutte contre l’intolérance et les discriminations des questions essentielles : telle est la vocation initiale de l’UNESCO. L’espoir d’un avenir de paix et d’harmonie motive les acteurs d’une organisation culturelle internationale qui entreprend sans tarder un vaste chantier de réflexion sur les races et le racisme. Toutes les sciences sont mobilisées de la biologie à la zoologie à la sociologie à la psychologie pour faire la lumière sur la notion de « race » et son devenir puis d’envisager des moyens universels d’éducation contre le racisme.

Dans le contexte d’après Seconde Guerre mondiale, marquée par « l’année zéro » faisant suite aux exterminations nazies dans une Europe exsangue, il s’agit de bâtir, à partir d’études scientifiques menées à l’échelle mondiale, un discours universaliste fondé sur le rejet des discriminations et la valorisation du métissage. Partie prenante de l’identité de l’UNESCO, cette action a évolué à travers le temps parallèlement à la place de la question de l’immigration dans les différentes sociétés.

Point d’aboutissement, en 2001, les états membres de l’UNESCO ont réaffirmé une conviction profonde : la diversité culturelle est l’une des racines du développement, elle est aussi nécessaire à l’espèce humaine que la biodiversité l’est à la nature. Ils ont rejeté catégoriquement l’idée selon laquelle les conflits entre les « civilisations » étaient inévitables.
Soixante ans de concrétisation d’une ambition difficile à mettre en oeuvre qui consiste à promouvoir le dialogue entre les cultures. La philosophie de l’UNESCO s’est peu à peu élaborée autour de l’idéal universaliste d’une « culture mondiale unique », la notion de culture englobant dans un sens très large, « science » et « éducation ».
Les premières études commandées par l’UNESCO au début des années cinquante portent sur la question des races : il s’agit d’établir par une démonstration biologique rigoureuse, qu’il n’existe pas de race au sens du genre humain et qu’il ne peut donc pas y avoir de hiérarchisation qualitative entre les peuples. Coordonnée par l’universitaire Alfred Métraux, la série intitulée « La question raciale et la pensée et la science moderne » réunit entre 1950 et 1954 une dizaine de chercheurs comme Michel Leiris, Otto Klineberg, L.C Dunn, Juan Comas, Kenneth L.Little et le plus connu Claude Levi Strauss avec son fameux « Race et histoire » de 1952. Ces travaux connaissent un large diffusion. L’UNESCO vise ainsi à éliminer le racisme au moyen d’une large diffusion de ses publications dans le grand public.

L’autre notion est celle d’une « éducation de base » sorte de fond commun de l’humanité : ce concept universaliste est développé par l’UNESCO dès 1947 qui créée une Commission d’éducation de base. Il s’agit de favoriser la prise de conscience d’un « fonds commun d’idées, de façons d’être et de penser, d’idéaux qui pourraient créer une véritable solidarité et une fraternité humaines (…) en mettant à la disposition de tous, l’ensemble du savoir humain ». C’est une sorte d’éducation minimale pour chaque individu. Ce concept novateur est très valorisant pour l’UNESCO avant la guerre froide.
Mais assez vite, le concept de « culture mondiale unique » s’affaiblit et échoue dans de nombreux projets lancés par l’UNESCO constatant que les « Déclarations sur la race » ou les publications à but pédagogique, se révèlent inefficace pour lutter contre le racisme, préjugé immédiat, intuitif et irrationnel qui résiste à toute tentative de démonstration scientifique.
Avec la guerre froide et les conflits de décolonisation, l’UNESCO délaisse peu à peu cet idéal universaliste, sans pour autant l’abandonner dans l’esprit, sous la houlette de René Maheu directeur général de 1961 à 1974. Il s’agit désormais de défendre un certain « droit à la différence » qui donne du crédit aux comportements communautaires.

Mon intervention tentera notamment de retracer les contextes des cinq déclarations sur la race présentées par l’UNESCO en 1950, 1951, 1964, 1967 et 1978 et d’en noter les point communs et les disparités, largement liées au contexte historique de leur diffusion. Dans la dernière déclaration de 1978, l’article 1 stipule « tous les individus et tous les groupes ont le droit d’être différents, de concevoir et d’être perçus comme tels » et fait du « droit à la différence » l’élément central d’une nouvelle éthique antiraciste.

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