UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

The Organisation

THE ORGANIZATION

Valérie Touré

Valérie TOURÉ est chercheuse en sciences de l’éducation à l’École Normale Supérieure de Dakar, avec la Chaire Unesco en Science de l’Education où elle présente un DEA en vue d’une thèse.
La problématique de recherche porte sur les exclus de l’éducation de base à Dakar et actuellement plus précisément sur le cas des talibés.
Française, sociologue formée à Dakar (Université Dakar Bourguiba), épouse d’un chercheur mauritanien d’origine envoyé en 1999 à Dakar en tant que coopérant français, quatre enfants dont les trois derniers nés à Dakar: l’intérêt pour les échanges internationaux, la culture, la paix est une réalité vitale, au quotidien.
« Les Exclus de l’éducation de base à Dakar : Le cas des Talibés »

Le Sénégal est un des pays concernés par le programme mondial de l’EPT de l’UNESCO. En appui des efforts consentis par l’Etat sénégalais et de l’aide internationale, ces dernières années, ce sont aussi les initiatives privées, les ONG qui ne manquent pas de s’activer autour de cet objectif d’éducation. Les écoles communautaires de base, les écoles de la rue, en français, en langues nationales, en arabe, tentent d’intégrer ceux qui ne sont pas à l’école formelle par des moyens informels. Les écoles coraniques absorbent une grande partie des enfants (environ 150 000) mais on ne sait exactement combien.
Pourtant, un grand nombre d’enfants, court les rues des villes et plus particulièrement de la capitale sénégalaise. Ces enfants reçoivent-ils l’éducation de base à laquelle ils ont droit ?
Le 4 juillet 2004, ils étaient des centaines à venir à l’Assemblée Nationale pour réclamer ce droit. Qui sont ces enfants ? Pourquoi sont-ils dans la rue ? De nombreux enfants sont dans la rue pour mendier et ils viennent non seulement des régions mais aussi des pays de la sous région. De quelle forme de socialisation sommes-nous en présence ? Alors qu’ils sont attelés à demander l’aumône, ils n’ont pas le temps pour étudier et sont ainsi exclus de tout système qui peut leur apporter l’éducation de base nécessaire à leur insertion socio-économique suivant une pratique démocratique et égalitaire.
En faisant une typologie des enfants de la rue exclus du système scolaire, nous avons ceux qui ont abandonné l’école, ceux qui ont échoué, ceux qui sont déscolarisés et ceux qui n’ont jamais eu accès à l’école formelle ou informelle. Au-delà de l’ensemble des interrogations que nous impose le phénomène des enfants de la rue, nous nous attachons plus spécialement à une catégorie de ces enfants que sont les talibés (élèves des écoles coraniques). En effet leur statut au sein de la société dakaroise est confus et nous souhaitons voir de quelle manière ils sont intégrés dans la société. Quelle éducation de base reçoivent les enfants talibés ?
Ainsi, la problématique de notre travail peut se résumer par la question suivante :
Les enfants talibés sont-ils exclus du système scolaire et comment sont-ils intégrés dans la société sénégalaise ?
Il est très difficile de faire la différence entre le concept d’éducation de base, qui peut aussi se dire éducation fondamentale, et le concept d’alphabétisation. Apprendre, en fait est une action humaine qui se situe toujours dans un contexte social et culturel particulier. Aussi, quel que soit le contenu du programme enseigné, ce que l’on va désigner soit par le terme d’éducation de base ou d’alphabétisation fera toujours partie du processus d’éducation au sens large.
Il n’est pas possible de confondre les concepts d’éducation et de scolarisation. Pourtant les deux sont souvent amalgamés. C’est pourquoi, il est nécessaire de marquer une distinction entre les concepts d’éducation formelle, d’éducation informelle et d’éducation non formelle. Puisque la scolarisation n’est pas l’éducation, elle est définie comme l’éducation formelle, c’est-à-dire celle qui est reconnue et considérée par la société parce qu’elle est prise en charge par l’Etat qui gère son fonctionnement et prépare ses contenus pédagogiques.
Aussi, toute autre forme d’éducation qui s’apparente à l’éducation formelle, qui n’est pas gérée par l’Etat mais que l’Etat reconnaît, est dite informelle. Des passerelles sont posées entre ces deux types d’éducation. Mais n’apparaît-il pas une contradiction quant aux contenus à enseigner et à la forme de cet enseignement ?L’éducation non formelle concerne l’ensemble des autres formes d’éducations qui ne sont ni gérées, ni reconnues même par l’Etat mais qui prennent en compte une part de l’éducation des enfants. Les exclus de l’éducation de base sont une résultante de ce problème lié à la forme et aux contenus de l’enseignement à pourvoir aux enfants. Les exclus sont parfois des enfants qui ne sont pas scolarisés, en échec ou abandon scolaire. Les enfants talibés des écoles coraniques feraient partie de cette catégorie, a priori.
La notion de modèle est sous-jacente. Existe-t-il un modèle éducatif qui efface l’exclusion ?
L’enfant est au centre de nos recherches et au cœur du système et notre champ d’investigation est cerné par un cadre socio psychologique. Afin de mieux les comprendre, nous donnons directement la parole aux enfants dans une étude à caractère sociologique qui vise la description qualitative. Nous avons donc choisi le modèle d’analyse de la stratégie de l’acteur dans le système de Michel Crozier. En effet, nous prenons chaque individu comme acteur de sa propre vie au sein d’un système global qui lui impose des normes de conduite. Les écoles coraniques sont ainsi intégrées comme sous-système éducatif du système global éducatif sénégalais. Nous nous appuyons sur un programme national qui vise le recensement et la modernisation des daaras (écoles coraniques).
C’est donc une approche systémique que nous envisageons comme cadre pour étudier les rapports entre les différents organes du système scolaire et de la société. Mais il faut intégrer le fait que la société sénégalaise actuelle est en proie à des paradoxes. Il y a non seulement un problème d’accès à l’éducation par un manque de structures et d’enseignants, mais c’est aussi le facteur psychosociologique qu’il faut prendre en considération pour l’étude de ce phénomène. C’est ainsi que, de nombreux enfants exclus du système sont dans la rue parce que les programmes scolaires les excluent et ne répondent pas aux attentes et espoirs des familles démunies.
Aussi, nous entendons vérifier l’hypothèse principale suivante:
Les talibés ne reçoivent pas l’éducation de base nécessaire à leur intégration au sein de la société sénégalaise.
Nous espérons au terme de cette recherche pouvoir proposer des orientations pour l ‘amélioration du système éducatif sénégalais vers une intégration de la diversité sociale et culturelle.

Europe and North America Latin America and the Caribbean Africa Arab States Asia Pacific