UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

The Organisation

THE ORGANIZATION

Francisco Gracia-Alonso

Dr. Francisco Gracia Alonso (Barcelone, 1960). Profesor Titular de Préhistoire à l’Université de Barcelone.
Directeur du Département de Préhistoire, Histoire Ancienne et Archéologie, et du Group de Recherche d’Archéologie Protohistorique (GRAP).
Spécialiste des procès de relations entre les populations indigènes du nord-est de la péninsule Ibérique et le agents commerciaux grecs et phéniciennes d’après le VIIIème siècle av. J.C. D’après l’année 2.000 développe une ligne de recherche sur l’historiographie de l’archéologie en Espagne et notamment sur les périodes de la 2ème République, la Guerre Civile, et la première post-guerre (1931-1954). Un des archéologues fondamentaux c’est Pere Bosch Gimpera, fondateur de l’École Archéologique de Barcelone, recteur de l’Université de Barcelone (1933-1939), et directeur de la Division de la Philosophie et des Sciences Humaines à l’UNESCO (1948-1952).
« Pere Bosch Gimpera. Un républicain espagnol à l’UNESCO (1948-1952) » Chercheur, enseignant et homme politique

Né à Barcelone le 22 mars 1891 au sein d’une famille de la petite bourgeoisie, Pere Bosch Gimpera obtint en 1910 ses licences ès Lettres et en Droit à l’Université de Barcelone, auxquelles il devait ajouter les deux doctorats correspondants à Madrid en 1911. Boursier de la Junta de Ampliación de Estudios (JAE) en Allemagne entre 1912 et 1914, il fut le disciple de Willamowitz, de Kossina et de Frickenhaus, qui l’orientèrent vers la préhistoire, ce qui lui permit d’obtenir un troisième doctorat dans cette spécialité en 1913.

En 1916, il obtint sur concours la chaire d’Histoire ancienne et d’Histoire médiévale de l’Université de Barcelone, qu’il devait assumer conjointement à la direction du Service de Recherches archéologiques (1915) et à celle du Musée d’Archéologie de Catalogne (1935). Son prestige international lui permit d’organiser à Barcelone le IVe Congrès international d’Archéologie (1929), de faire partie de la Commission Glozel (1927), d’être nommé Ehrenforscher du Musée romain-germanique de Mainz (1927) et d’obtenir le doctorat honoris causa de l’Université de Heidelberg (1936). Il fut aussi l’organisateur de la réunion de Berne (1931) au cours de laquelle fut accordée la constitution du Congrès international des Sciences préhistoriques et protohistoriques (CISPP, ancêtre de l'Union internationale des Sciences préhistoriques et protohistoriques - UISPP) dont le premier fruit fut le congrès de Londres (1932) organisé par sir John Myers et Vere Gordon Childe.

Doyen de la faculté de Philosophie et des Lettres depuis 1931, Bosch Gimpera fut élu recteur de l’Université Autonome au cours du mois de décembre 1933. Malgré ses désaccords avec une grande partie du conseil des professeurs, dominé par les conservateurs et immobilistes, il défendit les bases d’une politique de profonde réorganisation de la structure et des contenus de l’enseignement universitaire. Or, cette action fut interprétée par le gouvernement de Madrid comme un pas vers le séparatisme et la création d’un système universitaire propre détaché du système national, et ne dépendant que de la Generalitat de Catalogne. C’est pour cela que la réaction profita de la proclamation de l’État catalan par le président Lluís Companys le 6 octobre 1934 pour suspendre l’autonomie de l’Université de Barcelone, Bosch étant détenu et emprisonné conjointement à d’autres membres de la direction de l’Université, accusé de soutien à la rébellion. Libéré sans jugement des mois plus tard, il fut démis de sa responsabilité de recteur, qu’il devait cependant récupérer en février 1936, après la victoire du Frente Popular aux élections législatives.

Lorsque la Guerre civile éclata, Bosch Gimpera assuma les compétences quant au système éducatif de Catalogne avec le poste de commissaire-recteur, qu’il devait conserver jusqu’à la ré-instauration de l’équipe de direction en 1937. À partir de juin de cette même année, il mena de front ses responsabilités en tant que recteur avec sa charge de conseiller à la Justice de la Generalitat de Catalogne, développant un intense travail de reforme du système pénitentiaire et judiciaire de Catalogne, impulsant le professionnalisme et l’indépendance politique dans ses actions, et protestant de manière véhémente contre le gouvernement de Juan Negrín pour les excès commis au nom de la République.

L’exil
Le 4 février 1939, Bosch Gimpera traversa pour la dernière fois la frontière hispano-française conjointement aux membres des gouvernements autonomes de Catalogne et d’Euskadi. Il ne devait jamais revenir en Espagne. Après s’être occupé pendant plusieurs semaines des réfugiés enfermés dans les camps de concentration habilités par les autorités françaises, il accepta une invitation du comte Begoüen pour demeurer pendant quelques jours à Toulouse, mais refusa la chaire de Préhistoire à l’Université qui lui fut offerte par son intermédiation. Installé avec sa famille à Londres puis à Oxford au début de l’été 1939, il reprit son activité d’enseignement et de recherche en donnant à la British Academy la sir John Rhys Memorial Lecture on Celtic Archaeology, sans oublier, cependant, ses responsabilités politiques. Conjointement à Carlos Pi i Sunyer, il élabora divers rapports destinés au gouvernement britannique sur l’action et les dispositions de la Generalitat de Catalogne relatives à la protection du patrimoine artistique durant la Guerre civile, rapport qu’il envoya aussi à Euripide Foundoukidis, secrétaire de l’Office International des Musées (OIM), pour leur publication dans la revue Museion qui, cependant, ne la publia pas du fait qu’elle était déjà de connivence avec les autorités franquistes.
Au cours de la deuxième moitié de l’année 1939 et pendant l’année 1940, il dût aussi faire front à la propagation de diverses accusations et à divers pièges de la part des nouveaux responsables de l’archéologie franquiste à Madrid et à Barcelone. Ceux-ci, en effet, l’accusèrent du saccage des collections du Musée archéologique de Catalogne ainsi que de crimes de guerre contre les prisonniers de guerre nationalistes. Ces accusations, fausses, ne furent même pas l’objet d’investigation par les tribunaux des responsabilités politiques franquistes mais elles devaient avoir des conséquences pendant de nombreuses années pour son prestige en tant que chercheur, au point qu’en 1948 lorsque le directeur général de l’UNESCO, Julian Huxley, sollicitera de l’information pour sa nomination, des personnalités telles que Teilhard de Chardin et Gordon Childe les utilisèrent pour la lui déconseiller.

Bien qu’il ait disposé du soutien d’Isobel Henderson et de sir John Myres, il ne put obtenir une place permanente de professeur à Oxford du fait de la pression des membres du conseil des professeurs favorables au régime franquiste, pour lesquels Bosch représentait un mélange idéologique de séparatisme, d’anarchisme et de communisme. Aidé par Antoni Trias, il émigra en 1940 en Amérique du Sud, où il enseigna de manière précaire au Guatemala et en Colombie, période au cours de laquelle s’aggravèrent ses conditions économiques et personnelles.
Avec l’appui des associations de réfugiés espagnols, il obtint l’asile politique au Mexique en 1941, pays dont il obtiendra la nationalité peu après. Son travail à l’Institut Nationale d’Histoire et à l’Université nationale autonome de Mexico (UNAM) devait être réorienté vers l’archéologie américaine, sans oublier cependant son ancien domaine d’étude. Jusqu’à sa mort en 1974, il devait former un grand nombre de disciples, impulsant les congrès d’archéologie américaine et d’art rupestre, sans accéder cependant à des responsabilités de direction du fait des lois restrictives qui s’appliquaient aux non-mexicains de naissance.

L’UNESCO et le Conseil international de la Philosophie et des Sciences humaines (CIPSH)

Julian Huxley connut Bosch au Guatemala, et il eut l’occasion d’avoir avec lui une longue entrevue à Mexico pendant que se tenait la réunion de l’UNESCO dans cette ville en novembre 1947. Convaincu de sa valeur, il lui offrit le poste de chef de la Division of Philosophy and Humanistic Studies (DPHS), au sein du Department of Cultural Activities (DCA), qu’il devait occuper jusqu’en 1952 lorsque se produisit le remodelage qui supprima la DPHS et créa le Development of International Cultural Co-operation (DICC) qu’il dirigea jusqu’à son départ de l’UNESCO le 31 décembre de cette même année. L’un de ses principaux projets fut la commission chargée de la planification de l’œuvre Histoire de l’humanité (1950).

En septembre 1947, un groupe d’experts recommanda à l’UNESCO la création d’un organisme qui regrouperait les organisations internationales dans les domaines de la philosophie et des humanités, proposition qui fut acceptée au cours de la réunion de Mexico et incluse dans le programme pour 1948. La commission préparatoire fut constituée à Paris entre le 8 et le 11 septembre 1948, et elle se réunit en cinq occasions au cours des mois d’octobre et de décembre 1948. Dans la correspondance de son disciple Lluís Pericot, Bosch Gimpera citera en diverses occasions le travail qui fut effectué au cours de ce dernier trimestre de 1948, période durant laquelle il assista aussi à la réunion de Beyrouth. Il est difficile d’évaluer le rôle que jouèrent Bosch Gimpera et la DPHS dans le processus mais une donnée significative est la relation personnelle et scientifique qui existait depuis les années 1930 avec un grand nombre des représentants des diverses organisations scientifiques au moment de la constitution du CIPSH.

Jean Thomas et Bosch Gimpera représentèrent l’UNESCO à la réunion constitutive du CIPSH (Bruxelles, 1949), au cours de laquelle fut réaffirmée l’étroite relation qui existait entre le secrétariat de l’UNESCO et la commission préparatoire du CIPSH. En tant que responsable de l’UNESCO et membre de l’Union internationale pour les Sciences anthropologiques et ethnologiques (UISAE), il devait avaliser dans les années suivantes l’entrée du CISPP dans le CIPSH, face à l’opposition d’une partie importante de ses membres qui défendaient la politique des agrégations contre les autres organisations déjà intégrées. Cependant, en 1955, cette reconnaissance sera obtenue, de même que la création de l’UISPP moderne.
Bien que la rénovation de son contrat ait été accordée pour une nouvelle période de deux ans en mars 1952, Bosch Gimpera abandonna l’UNESCO pour s’opposer au processus d’admission de l’Espagne franquiste dans cette institution. En application de la politique des États-Unis tendant à mettre fin à l’isolement politique du régime de Franco impulsé par l’ONU après la Deuxième Guerre mondiale dans le cadre de la Guerre froide, les résolutions de l’ONU elle-même ainsi que du Conseil exécutif de l’UNESCO favorables en 1952 à la demande espagnole débouchèrent sur l’approbation de la mesure par l’Assemblée générale en novembre de cette même année, en dépit de l’opposition radicale de diverses organisations sociales et politiques, et des protestations d’intellectuels tels que Pau Casals et Albert Camus.

La demande du représentant du Pérou conditionna un vote sans débat préalable qui fut considéré comme scandaleux par le directeur général, Jaime Torres Bodet. Celui-ci, bien qu’il ait tenté de convaincre les membres du Conseil et de l’Assemblée jusqu’à la limite de ses possibilités, ne voulut pas présenter sa démission pour cela afin de ne pas provoquer une interprétation politique d’une décision qui avait déjà été prise des mois auparavant. Il attendit le refus de sa proposition de budget dû à la pression des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne pour la rendre effective quelques jours plus tard. Ses actions passées en soutien de la République et des expatriés espagnols généreusement accueillis au Mexique, pays qui hébergeait le gouvernement légitime en exil, ne permettaient pas d’envisager une autre issue.
Bosch Gimpera et Torres Bodet revinrent au Mexique au début de l’année 1953, et ils devaient participer ensemble à la 7e Assemblée générale du CIPSH qui se tint à Mexico en 1963.

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- Gracia, F. (2005) : El sueño de una generación. El crucero universitario de 1933. Barcelona.
- Gracia, F. (2004): “Pere Bosch Gimpera, rector de la Universitat Autònoma (1931-1939). I. Els Fets d’Octubre i la supresió de l’autonomia universitaria (1934-1936)”. L’Avenç, 287, pp. 13-20.
- Gracia, F. (2004): “Pere Bosch Gimpera, rector de la Univeristat Autònoma (1931-1939). II. La guerra Civil i la desteta d’un somni (1936-1939)”. L’Avenç, 288, pp. 13-20.
- Gracia, F. et alii (2003): 57 anys i 7 dies. Correspondencia de Pere Bosch Gimpera a Lluís Pericot (1919-1974). Barcelona.
- Gracia, F. (2003): “La depuración del personal del Museo Arqueológico de Barcelona y del Servicio de Investigaciones Arqueológicas después de la Guerra Civil (1939-1941)”. Pyrenae, 33, pp. 303-343.
- Gracia, F. (2003): “Arqueología de la memoria. Batallones disciplinarios de soldados-trabajadores y tropas del ejército en las excavaciones de Ampurias (1940-1943)”. AA.VV. Una inmensa prisión. Barcelona, pp. 57-83 et 276-287.

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