UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

The Organisation

THE ORGANIZATION

Chloë Maurel

Doctorante, Université de Paris I
« L’Unesco face aux enjeux de politique internationale (1946-1974) »

Dans quelle mesure l’Unesco, organisation internationale apolitique, est-elle parvenue à rester indépendante des fluctuations de la politique internationale ? Je me propose de traiter cette question en prenant pour cadre d’étude les trente premières années de l’Unesco, jusqu’à la fin de la direction de l’organisation par René Maheu.
Ma réflexion se fonde sur une étude approfondie non seulement des documents officiels de l’Unesco, mais aussi sur l’étude des dossiers de correspondance conservés aux archives de l’organisation, ainsi que des correspondances diplomatiques conservées dans les archives nationales de plusieurs Etats membres (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, RFA, Italie), et enfin sur de nombreux entretiens que j’ai réalisés avec d’anciens fonctionnaires de l’Unesco.
L’examen de ces sources révèle que, tout au long de cette période, l’Unesco a été affectée par des enjeux politiques, essentiellement ceux liés à la guerre froide et à la décolonisation, et qu’elle s’est efforcée d’y résister. Le refus de l’URSS d’adhérer à l’Unesco jusqu’en 1954, les répercussions du maccarthysme au secrétariat de l’Unesco dans les années 1950, les polémiques suscitées à la conférence générale et au conseil exécutif dans les années 1960-70 par les propositions de l’URSS d’adopter des résolutions sur la paix, le désarmement, et la coexistence pacifique, et d’organiser un colloque sur Lénine (tenu en 1970), ainsi que les controverses au sujet de la question de l’adhésion à l’Unesco de la République populaire de Chine, de la RDA, et du Vietnam du Nord, sont quelques exemples de ces occasions de politisation qu’a connues l’Unesco. Celle-ci s’est cependant efforcée avec constance d’empêcher ces enjeux de la guerre froide d’interférer dans le fonctionnement de ses organes (secrétariat, conférence générale, conseil exécutif) aussi bien que dans l’élaboration et l’exécution de ses programmes ; elle a au contraire activement oeuvré à un rapprochement et à un apaisement entre les deux blocs par le développement de la coopération éducative, scientifique et culturelle internationale.
D’autre part, à la suite de l’adhésion massive de nombreux Etats africains nouvellement indépendants entre 1960 et 1962, l’Unesco accomplit, sous l’impulsion de René Maheu, une évolution conceptuelle importante, devenant un porte-parole des revendications des pays du Tiers Monde et un promoteur de l’aide au développement ; cependant cette évolution donne lieu à des réticences de la part des Etats développés, qui sont aussi les plus importants contributeurs au budget de l’Unesco, et qui s’inquiètent de l’expansion croissante du budget ainsi que de la forte augmentation que connaît alors l’action opérationnelle par rapport à l’action intellectuelle dans le programme de l’Unesco. Cependant, grâce aux efforts de synthèse et de conciliation de René Maheu, ce qui aurait pu aboutir à une nette opposition politique entre deux blocs, Nord et Sud, s’est au contraire harmonisé en un consensus (certes provisoire puisque le clivage politique Nord/Sud se manifestera avec vigueur au sein de l’Unesco sous son successeur M’Bow).
A travers cette étude, il s’agira de se demander dans quelle mesure et par quels moyens l’Unesco, organisation apolitique mais constituée d’Etats membres qui entretiennent entre eux des rapports de force politiques souvent empreints de vives tensions, a la capacité de maintenir son indépendance à l’égard des enjeux politiques, étant donné qu’elle dispose de peu de moyens de pression sur ses Etats membres et que ceux-ci au contraire en disposent de beaucoup sur elle, puisque c’est à eux que revient le vote du programme et du budget, le versement du budget, et, en grande partie, la mise en œuvre des programmes. Cette question essentielle permettra de mettre à jour les modalités spécifiques d’action de l’Unesco sur la scène internationale, qui font de cette organisation un maillon très important dans l’histoire de la diplomatie culturelle internationale.

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