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Accueil > Finlande - Mise à jour: 2002-11-08 11:33 am
Utiliser la force des groupes de pairs pour prévenir les comportements brutaux    

Milieu : formel et non formel
Niveau : primaire, secondaire

Christina Salmivalli, PhD, auteur de cet article, a publié plusieurs ouvrages sur le thème de l'agressivité à l'école. Elle travaille actuellement au Centre de recherche de l'Université de Turku en Finlande sur un programme de réduction des situations d'agression à l’école qui a comme approche l’étude des mécanismes psychologiques individuels et collectifs liés à la violence.

Le projet, financé par l'Académie Finlandaise et dirigé par Christina Salmivalli, PhD, concerne 48 classes dans 16 écoles à Helsinki et à Turku, en Finlande. Les enseignants ont suivi une formation d'un an avant de le mettre en œuvre dans leurs classes. L'accent y est mis sur les mécanismes collectifs intervenant dans la maltraitance et, par conséquent, sur le travail à faire auprès d'une classe entière.
Dans un contexte comme celui de l’école où les enfants et les adolescents passent beaucoup de temps ensemble, les comportements brutaux sont le lot de tous les jours. Les différents types d’agression et autres problèmes comportementaux ne peuvent être traités d’une seule et même manière. Quant aux traitements agressifs ou brutaux, les mécanismes qui les soutiennent se trouvent souvent à l’intérieur du groupe de pairs, tout autant que les clés pour résoudre ou prévenir ces problèmes.
La brutalité est malheureusement une forme d’agression commune en milieu scolaire. Elle peut se définir en tant que harcèlement systématique et répété qui implique un déséquilibre des pouvoirs. Ce déséquilibre signifie que l’agresseur possède un statut ou une force supérieure qui le rend plus puissant que la victime. Il peut aussi être dû au fait que c’est tout un groupe qui s’attaque à une victime isolée. La brutalité peut être directe (coups et insultes) ou indirecte (répandre des rumeurs en vue de manipuler le groupe de pairs contre la cible et ainsi l’isoler). Dans tous les cas, les victimes risquent de subir des dommages psychologiques et ceci, parfois, pendant de nombreuses années.

La brutalité et le groupe de pairs
Une autre aspect du comportement brutal réside dans sa nature « groupale ». Contrairement à d’autres manifestations de l’agressivité, les traitements brutaux ont lieu en présence et grâce au groupe des pairs. Le groupe devient alors une sorte d’appui pour l’agresseur, le "tyran" n’agissant pas lorsqu’il est seul avec sa cible, mais en présence des autres. C’est l’attitude de ces "autres" qui est l’objet de notre programme de recherche.
Il est important de définir le rôle de ceux qui participent aux mauvais traitements, car ceci indique la manière dont les élèves (les "témoins") sont impliqués. Par exemple, certains élèves vont devenir les assistants de l’attaquant ; d’autres, s’ils n’agissent pas directement contre la victime forment, en toile de fond, un soutien important à celui-ci, en riant, en faisant des gestes encourageants ou en s’attroupant simplement comme voyeurs. Ce sont des "supporteurs". Un certain nombre d’élèves reste en arrière sans se positionner ni d’un côté ni de l’autre et leur silence, ce "laisser faire", devient ainsi synonyme d’approbation : nous les nommons les "outsiders". Les éléments "supporteurs" s’opposent aux "défenseurs" qui, eux, réconfortent la victime ou essaient d’arrêter l’agression. (Salmivalli et al., 1996)
Pourtant, même si ces enfants ont des positions contraires à la brutalité, face à une telle situation, ils ont une attitude passive, en exprimant rarement leurs convictions. L’on peut compter entre 35% et 40% d’enfants et adolescents en âge scolaire qui adoptent des comportements « d’agresseur », « d’assistant » ou de «supporteur» et entre 25-30% qui ont peur d’intervenir, les "outsiders". Ces jeunes ont un comportement qui incite plutôt qu’il ne décourage la brutalité. La question importante est de savoir donc comment transformer une attitude passive de désaccord (déjà existante), en un comportement actif contre l’agression.

Trouver le pouvoir par le groupe
« L’approche participative » s’adresse aux éducateurs en vue de leur fournir une nouvelle méthode pour prévenir ou intervenir face au comportement tyrannique : ce que nous essayons de faire est de changer les dynamiques de groupe. Chercher à modifier le comportement du "tyran" n’est pas suffisant et donne rarement des résultats permanents. En plus il faudrait que l’on soit capable de modifier le comportement des étudiants qui ont d’autres rôles de participants. Cela signifie, par exemple, qu’il est nécessaire de rendre capables les « supporteurs» ou les « outsiders » d’arrêter de reproduire ce qu’ils sont en train de faire ; d’amener les « outsiders » à voir que effectivement ils n’aiment pas la violence et de faire en sorte qu’il y ait de plus en plus de « défenseurs ».
Dans le cadre de ce travail, 3 phases d’approche ont été identifiées.
1. Tout d’abord les discussions doivent être menées en classe dans le but de comprendre que lorsque nous sommes en groupe, nous agissons parfois de façon contraire à ce que nous pensons être juste. On commencera alors par se demander : qu’est-ce que la maltraitance ? et que ressent-on lorsque l’on est maltraité ? Car faire prendre conscience aux étudiants qu’il peut y avoir contradiction entre leur opinion et leur comportement est un bon point de départ pour un changement. Alors que la plupart des élèves ont une position contre l’agresseur, lorsqu’ils sont en situation de groupe ces élèves adoptent un comportement d’encouragement au conflit qui va maintenir le problème dans la classe.
2. Dans un second temps, il est important de solliciter la réflexion et l’auto-évaluation : quel est mon rôle devant une scène d’harcèlement ?
3. En troisième lieu, peuvent être initiés des exercices favorisant la mise en situation par des jeux de rôles. De cette manière, les situations vécues par les uns et les autres pourront s’interchanger, donnant à certains élèves la possibilité d’expérimenter et d’exprimer une action « anti-tyrannique » qu’ils n’avaient jamais osée auparavant. Pouvoir dire aux autres d’arrêter permet d’explorer et de ressentir les émotions qui y sont attachées. Le but de tels exercices n’est pas d’accuser les étudiants mais au contraire, de suggérer à chacun d’entre eux qu’ils peuvent intervenir et changer les événements dans la classe en soutenant la victime. Le groupe tout entier peut décider de ne plus accepter l’agressivité ciblée sur une personne de la classe.
L’approche "rôle de participant" fournit également des apports concrets au travail en classe basé sur le programme d’études puisque traiter de ce thème stimulera des discussions, que ce soit à partir de la littérature, du théâtre, etc… Ce qui est vraiment important, c’est de savoir que chacun peut contribuer à ce que la maltraitance s’arrête ou à ce que la victime ne soit pas isolée. En Finlande, nous avons réuni du matériel en tant que support de travail sur « le rôle de participant » en cas de maltraitance : ce kit contient des diapositives et des thèmes de discussion ainsi que des exercices de jeux de rôles développés par un groupe de pédagogues en art dramatique (Top Tie, 1999). Cependant, le travail au niveau du groupe ne suffit pas et les cas graves de maltraitance imposent à l’enseignant de travailler individuellement avec les élèves qu’ils soient agresseurs ou agressés.

Une prise de conscience n’est pas suffisante
Nous avons l’habitude de penser qu’il y a moins d’agressivité dans une classe où règne une bonne ambiance plutôt qu’au milieu d’un climat plutôt négatif. Cependant parmi les classes étudiées, il apparaît qu’en réalité l’atmosphère de la classe ne conditionne ni la présence ni l’absence d’un élément tyrannique. Afin de prévenir la violence et étudier les comportements de l’agresseur ou de la victime, il faut comprendre les normes du groupe. Nous avons observé que des enseignants tentent actuellement de réduire l’action agressive de certains élèves en essayant d’améliorer l’ambiance générale de la classe par des exercices collectifs. Ces activités ont, sans aucun doute, des conséquences très positives, mais ne diminuent pas obligatoirement les mauvais traitements. Pour combattre la maltraitance, il faut travailler avec les élèves en prenant en considération les normes spécifiques du groupe concerné.

Programme d’intervention en progrès
Notre groupe de recherche tente de mettre à jour ce qui se passe dans les écoles où nous intervenons. De quelle manière sont affectés les participants ? Est-ce qu’il en résulte, par exemple, que plus de jeunes endossent le rôle de défenseur ? et qu’en est-il des « renforçeurs » ?
Les premières observations montrent que les résultats sont variables selon les écoles. Prenons l’exemple d’une école où la campagne a bien fonctionné et a réduit le nombre de victimes de 22,1% à 8,6% pendant les six premiers mois. D’après les informations de l’enseignant, l’intervention a consisté à :
1. Reprendre régulièrement avec les élèves la question de la violence à l’école en soulignant les rôles des participants et leur implication.
2. Formuler, avec les étudiants, des règles collectives à faire valoir à l’encontre de la maltraitance (thème de la discussion : les normes)
3. Organiser des discussions de suivi systématique après chaque intervention (thème de la discussion: les agresseurs individuellement)
Les interventions
Dans les trois classes impliquées dans le projet, le travail a commencé par des discussions orientées par l’enseignant. La série de diapositives aborde des thèmes de discussion comme par exemple : qu’est-ce que la maltraitance ? que ressent-on lorsque nous sommes maltraités ? de quelle façon les témoins sont-ils impliqués ? et finalement, que pouvons-nous faire contre cela ?
De petits groupes de travail ont été formés dans chaque classe pour analyser les récits des élèves sur la maltraitance et pour proposer des épilogues heureux, alternatifs aux mêmes histoires.
Les trois enseignants ont diffusé dans l’école les règles mises au point par la classe contre la violence et les ont accrochées au mur pour que chacun puisse les voir. Ceci a été réalisé avec les étudiants (les règles ne concernant pas uniquement le comportement agressif, mais aussi les attitudes des témoins) et a été précédé d’une discussion générale de l’école autour du thème de la maltraitance. En plus de ceci, des sanctions pour non-respect des règles ont été votées par l’ensemble des classes.
Dans deux classes, il a été décidé d’organiser des réunions régulières chaque vendredi pour discuter d’éventuels conflits à résoudre entre les étudiants ainsi que du déroulement de la semaine. Dans une de ces classes, un cas grave de mauvais traitements a pu être discuté pendant une réunion par l’ensemble des jeunes : ils ont réfléchi pour déterminer s’il s’agissait de violence ou de taquineries sans méchanceté, pour comprendre le rôle de chacun et enfin, pour chercher comment éviter que cela se reproduise.
Dans les trois classes, plusieurs cas d’agressions ont été interrompus grâce aux discussions individuelles avec les élèves ; ces discussions ont été suivies par d’ultérieures réunions pour contrôler si effectivement les actes de tyrannie avaient cessés. Les enseignants ont souligné qu’au sein de leurs classes, de nouveaux éléments de défense sont apparus : par exemple des étudiants ont raconté de quelle façon leur copains sont intervenus dans une situation d’agression et les nouveaux défenseurs ont reçu les applaudissements de toute la classe. Dans cette école les défenseurs ont augmenté de 16.5% à 21.5% pendant les six premiers mois de mise en place du projet.
Christina Salmivalli

(1) Bullying en anglais : utilisation d’une force physique supérieure ou d’une supériorité numérique pour humilier les autres, ou les priver de leurs biens ou de leur statut, ou les forcer à accomplir certains actes (extrait de B. Reardon, La tolérance, porte ouverte sur la paix. Editions UNESCO, 1997)

Contact :
Christina Salmivalli, PhD,
Département de Psychologie,
Université de Turku

FIN-20014 TURKU FINLAND
Tel : 358 2 3335426
Fax : 358 2 3335060
e-mail : tiina.salmivalli@utu.fi
Web: http://users.utu.fi/eijasal/



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