Histoire de la non-violence
Cadre institutionnel
Actions de l'UNESCO
Pour l’enseignant
  Guide pour la résolution pacifique des conflits
  Résolution de conflits en éducation
Pour les plus jeunes
  A nous de jouer
  L'histoire du cerf-volant
  Résolution des conflits



Accueil > France - Mise à jour: 2002-11-08 11:33 am
« Oser la non-violence »    

Des élèves apprennent à résoudre leurs conflits et à élaborer des règles communes

Milieu : formel
Niveau : primaire

Ce texte nous a été envoyé par François Lhopiteau du l’IFMAN, Institut de recherche et de Formation du Mouvement pour une Alternative Non violente. Le M.A.N. a quatre vocations :

1. Donner une voix à la non-violence, en participant à des initiatives éducatives, syndicales... avec le souci de faire prendre en compte les possibilités offertes par la non-violence. Quand la presse nationale ou locale lui en donne la possibilité, il exprime ses positions pour un public plus large.

2. Approfondir la réflexion politique en relation avec la non-violence
Une des fonctions du M.A.N. est de promouvoir une recherche théorique à partir de l'analyse approfondie des phénomènes sociaux de notre époque et des expériences historiques de luttes non-violentes.

3. Agir dans les luttes contre les injustices : objection de conscience, ventes d'armes, droit d'asile, racisme, nucléaire civil et militaire. La possibilité offerte par les techniques de l'action non-violente permet de préserver l'avenir et de poser des jalons vers une véritable société démocratique.

4. Appuyer l'action non-violente par-delà les frontières
Le M.A.N. est en relation avec des mouvements non-violents du monde entier, affiliés à l'Internationale des Résistants à la Guerre (IRG/WRI). Des contacts réguliers sont établis avec des éducateurs, des chercheurs et des mouvements non-violents internationaux.

Pédro lit le papier: " Bastien n’arrête pas de m’embêter et de traiter ma mère, signé Nora". Pédro donne la parole à Nora. Celle-ci se lève et devant toute la classe réaffirme son accusation. Bastien, lui, reproche à sa voisine de table de prendre ses affaires sans lui demander : "C’est elle qui a commencé!" Immédiatement trois doigts se lèvent. Méthodiquement Pédro distribue la parole. Les trois témoignages confirment la thèse de Bastien.
Maintenant tout le monde donne son avis sans tenir compte des autres. Le meneur de séance doit alors se faire aider du maître pour obtenir le silence. Le calme étant revenu, il décide que le problème ne peut être tranché et demande que le papier de Nora soit affiché au tableau des "engagements" jusqu’à la semaine prochaine. Pédro sort un autre papier de la boîte au lettres : "Mickaël et Arnault se battent ..."
Ils ont entre huit et neuf ans. Dans leur classe de CE2, ils peuvent tout au long de la semaine déposer des mots dans une boîte aux lettres près du tableau. Critiques et propositions s’y mélangent. "Pour qu’un papier soit lu, il doit être propre et signé, c’est la règle", précise Samia qui n’hésite pas, lorsque c’est son rôle à jeter à la poubelle sans l’avoir lue toute missive non conforme.
Depuis le mois de septembre, chaque jeudi à 15h30, se tient la réunion de la classe. Les enfants l’attendent avec impatience. Dès le matin plusieurs d’entre eux ont déjà interpellé le maître : "Dis, la réunion c’est aujourd’hui ?" Jean-Michel explique : "Pour faire la boîte aux lettres, il faut un juge et un avocat. Le juge lit les questions ou les remarques écrites sur les papiers et donne la parole, l’avocat défend celui qui est accusé." Un troisième personnage est également nommé, l’assesseur, chargé d’ouvrir la boîte et de déplier les papiers.
La séance se poursuit. Pédro en vient à décider de porter au vote une proposition de Carlos. "Qui est d’accord pour que les bagarres dans la cour soient réglées avec les maîtres qui surveillent la récré ?" Une majorité de bras se lève. L’affaire est entendue. Mais un vote majoritaire suffit-il à régler durablement les problèmes ? Les minoritaires mécontents ne voudront-ils pas se faire entendre un peu plus tard en réglant leur compte aux "mouchards" qui dénoncent les bagarres.
S’il est nécessaire qu’une majorité se dégage pour prendre des décisions, il est tout aussi indispensable que la minorité d’opposition puisse se faire entendre positivement. Comment offrir aux déçus de la décision un moyen d’expression accepté par les majoritaires ? Tout l’enjeu est là. Respecter les décisions tout en apprenant à ne pas se soumettre. En fait, il s’agit de savoir se faire entendre sans donner ni prendre de coups. Le meilleur moyen d’y parvenir étant de le vivre chaque semaine.
Ainsi la semaine dernière, il a été lu un mot remettant en cause une décision prise à la majorité le mois précédent. "On veut changer de place !" Ce papier était signé de sept élèves. Sept qui voulaient revenir sur une décision collective. Déjà depuis plusieurs réunions cette question formulée individuellement était venue sur le tapis. Toute la classe avait réaffirmé à chaque fois sa réponse négative. Ce jour là quand le juge donne la parole aux signataires l’argumentation est vive et fournie, à la mesure de leur motivation. Après un débat passionné, une proposition est formulée par le maître : les sept élèves pourront changer de place qu’à condition de trouver ensemble de nouvelles places qui ne contraignent par leurs autres camarades à un déménagement ; si cette condition n’est pas remplie, ils resteraient à leur place habituelle. Les enfants avaient su trouver un moyen de contester une première décision en utilisant la pétition !
Le petit mot que l’on fait dans son coin seul, ou avec des copains, est un moment privilégié pour formuler son problème ou sa préoccupation. Mettre des mots sur un papier - quand on en connaît encore si peu - pour dire sa peine ou sa colère n’est pas chose facile. C’est pourquoi l’enfant qui a rédigé le papier lu par le "juge" a droit de parole le premier.
L’éloignement volontaire entre le moment de la crise - jour où l’on écrit le papier - et le moment de la réunion offre un temps de recul. Il n’est pas rare que lorsque l’on donne la parole à l’accusateur celui-ci réponde : "Ca y est, c’est réglé !" Ou bien encore de voir Amélie, surmonter sa peur, regarder Pédro droit dans les yeux et oser dire qu’il l’a battue. Le choix institutionnalisé dans la classe d’une réunion de régulation par semaine à jour fixe offre à l’enfant une possibilité de recul sur le conflit et favorise une expression plus sereine de sa part.
Mais ne nous y trompons pas, cet effort pour écrire ou dire ses difficultés devant les autres n’est possible que parce que chacun sait qu’il sera écouté par les autres. Etre écouté, cela veut dire pour l’enfant que son avis est pris en considération. Là, le rôle du maître est très important. Il doit veiller en permanence à ce que la formulation des doléances ou des propositions soit clairement audible par tous, il doit surtout contribuer à ce que les décisions prises soient mises en œuvre.
Quand après vingt minutes d’explications houleuses dans le couloir les sept enfants entrent dans la classe et disent contre toute attente : "Ca y est, maître, on s’est tous expliqué. Voici les nouvelles places où nous voulons aller". Il s’agit de passer à l’acte. Cette disponibilité aux propositions des élèves signifie que l’adulte sait clairement quelles sont les initiatives qu’il acceptera des enfants et celles qu’il n’autorisera pas. Pas de projection de « Terminator » pour la classe, le maître refuse le vote.
Permettre aux enfants de parler, discuter, agir, c’est leur offrir la possibilité d’avoir prise sur le monde. Les encourager à s’organiser, se réguler, s’engager, c’est leur faire découvrir les moyens qui peu à peu leur permettront de grandir en confiance. Ce travail se construit semaine après semaine, avec ses tâtonnements et ses expérimentations, avec ses progrès et ses régressions, ses tensions et ses rires.

Ecole et non-violence

Offrir à l’enfant la possibilité de s’exprimer et d’influer expressément sur le cours des relations conflictuelles qu’il rencontre, nécessite que l’adulte sache préalablement garantir le cadre de la vie collective. Il ne suffit pas d’ouvrir un espace de parole dans une classe ou de charger un enfant d’une mission de médiation pour résoudre les conflits. Le jeune médiateur ne peut être le remplaçant de l’adulte garant des lois et règles de vie collective. Le jeune médiateur exerce une mission limitée dans un espace déterminé par l’adulte ; au besoin l’adulte vient le suppléer si sa tâche se révèle difficile. L’enfant pourra rechercher avec ses pairs une solution aux conflits si l’adulte sait garantir le cadre où s’exerce cette activité collective. Au besoin, il saura recourir à la sanction si ce cadre est transgressé, une sanction à la fois signifiante et respectueuse de l’intégrité des personnes.
Choisir la non-violence comme principe régulateur des conflits et comme force d’opposition à la violence signifie donc choisir des moyens en cohérence avec ce principe. L’élaboration et la garantie de lois, règles et contrats fondés sur le respect absolu de chaque être humain devra respecter ce principe. Eduquer un enfant dans ce sens, c’est donc lui donner la parole et la force d’agir vis à vis du cadre de lois, règles et contrats qui détermine son cadre de vie.
• Choisir la parole plutôt que le non-dit.
• Choisir la parole plutôt que l’affrontement violent.
• Choisir la parole plutôt que la soumission.
• Choisir la parole qui n’émet pas de violence et appelle au dialogue.
Mais, ce parti pris de l’enfant citoyen actif ne se suffit pas d’un discours bienveillant de l’adulte à l’égard de l’enfant élève, il passe par l’engagement éducatif mettant l’enfant en situation de devenir acteur de sa vie personnelle et collective. L’enjeu central d’une éducation à la non-violence est celui-ci. Apprendre à l’enfant à résoudre les inévitables différends qu’il vit quotidiennement en respectant les autres, en se faisant respecter et se respectant lui-même.
« Face à la loi du plus fort ou du plus violent
il convient de développer des capacités
d’être non violent dans le conflit »
Accéder à une parole active qui permette de résoudre les conflits nécessite de posséder des compétences préalables. Il convient d’y faire accéder l’enfant. Il doit pouvoir :
– Être capable d’affirmer son point de vue, de faire entendre son opinion, de peser de tout son poids dans la relation conflictuelle.
– Être capable de recevoir le message de ses partenaires ou de ses adversaires et d’établir un dialogue qui construise une issue au conflit.
– Être capable de coopérer et négocier plutôt que de s’enfermer dans la seule confrontation compétitive.
– Être capable d’imagination pour inventer des solutions inédites, pour oser sortir des chemins battus et des réponses stéréotypées.
« Chaque être humain est un être unique et irremplaçable.
L’intégrité de sa vie a droit au respect le plus absolu.
Poser le principe de non-violence dans tout acte éducatif,
c’est préparer une société fondée sur le droit, la démocratie et la liberté. »

Contact :
IFMAN Normandie
135 rue Grande 27100 Val de Reuil
Tél : 332 32 61 47 50
E-mail : ifman.n@wanadoo.fr

IFMAN Bretagne
3 allée du Chêne 35450 Landavran
Tél : 332 99 49 76 03
E-mail : ifman.b@wanadoo.fr

IFMAN Midi-Pyrénées
12330 Salles la Source
Tél : 335 65 42 02 65
E-mail : ifman.mp@wanadoo.fr



 ID: 6914 | guest (Lire) © 2002 - UNESCO - Contact