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  Plan d'action de Sintra
Forum international d’éducation pour la non-violence
 

i_toghether.gif Sintra, Portugal, 22 mai 1996
Plan d’action du Projet interrégional UNESCO pour une Culture de la paix et de la non-violence dans les institutions éducatives


Ensemble ici dans la belle ville de Sintra, nous remercions l’UNESCO et la Fondation Pro Dignitate pour leur initiative, ainsi que les autorités nationales et locales pour leur aimable accueil.

Reconnaissant le grand besoin qui existe à travers le monde de procéder ensemble d’une culture de la guerre et de la violence à une culture de la paix et de la non-violence, nous les participants au forum international sur l’éducation à la non-violence proposons le plan d’action suivant pour le Project interrégional de l’UNESCO pour une Culture de la paix et de la non-violence dans les institutions éducatives.

Notre travail veut promouvoir l’évolution d’une culture de la guerre et de la violence – qui a dominé le passé – à une culture de la paix et de la non-violence caractérisée par des valeurs, des attitudes et d’un comportement afin de privilégier la solution non-violente au conflit, le respect pour les droits de l’homme, la démocratie, la compréhension interculturelle, la tolérance et la solidarité. Une culture de la paix comprend des relations non-violentes non seulement entre états mais aussi entre individus, groupes sociaux, entre l’état et ses citoyens et entre les êtres humains et l’environnement.

Des déclarations et des mesures légales ne suffisent pas ; une culture de la paix doit être fondée sur les croyances et les traditions des gens eux-mêmes. A partir du fait qu’elle reconnaît que le conflit naît dans la diversité, elle exige que la transformation de la violence passe par un processus de guérison et de réconciliation vers la réalisation d’objectifs communs.

De toutes les situations où l’évolution vers une culture de la paix est nécessaire, peut-être la plus importante à long-terme est le développement des enfants. Dans beaucoup d’endroits, les enfants n’ont ni d’enfance ni d’école; ils sont obligés d’aller travailler directement dans les usines et dans les fermes ou bien ils sont livrés à eux-mêmes dans les rues. Il arrive que les écoles elles-mêmes entretiennent et reproduisent l’injustice sociale et la violence, y compris la violence structurale et physique. Par contre l’école devrait être un endroit où les enfants se sentent pris en charge, en mains sures et où ils peuvent être éduqués en apprenant des valeurs et des compétences pour créer ensemble un monde futur juste et solidaire.

Depuis que l’idée de construire la paix dans l’esprit des hommes et des femmes est née, l’UNESCO est à la tête du mouvement pour la promotion de la paix et de la non-violence en éducation. Les principes appropriés ont été élaborés dans des documents de l’UNESCO à partir de 1974, comme par exemple la Recommandation concernant l’Education pour la Compréhension internationale, la Coopération et la Paix ainsi que celle sur l’Education pour les Droits de l’Homme et les Libertés fondamentales, ou encore la Déclaration et cadre d’action intégré concernant l’Education pour la Paix, les Droits de l’Homme et la Démocratie (1995), et la Stratégie à moyen-terme de l’UNESCO pour 1996-2000, qui soulignent la construction d’une culture de la paix. Ces principes se trouvent également dans le Rapport de la Commission de l’UNESCO pour l’Education au XXI Siècle (1996).

Les étudiants doivent être les acteurs principaux de la construction d’une culture de la paix et de la non-violence dans les écoles. Pour cette raison, l’objectif de l’école ne doit pas être seulementl’acquisition des connaissances et des compétences spécifiques, mais aussi le développement et la pratique des relations sociales qui caractérisent cette culture. En fait, des études indiquent que les étudiants apprennent mieux dans une ambiance de coopération. De ce fait, les étudiants et les professeurs ne doivent pas être les seuls impliqués activement dans le processus éducatif ; tout le personnel de l’école, les parents et la communauté environnante devraient faire partie de cet effort commun et le partager. Ceci devrait être développé à tous les niveaux - de la salle de classe à la politique nationale éducative par un processus de réflexion et de réforme continue et critique. Les principes et les pratiques de la paix et de la non-violence devraient faire partie intégrante du curriculum, de la pédagogie et des activités, voire de la structure même de l’organisation et de la direction de l’institution éducative en incluant dans l’étude le dialogue, la compréhension internationale, la médiation et les stratégies pour la résolution des conflits.

Une école ne devrait pas être une île mais le centre de la vie civique de la communauté. Elle devrait nourrir – à travers son organisation et ses pratiques, - des citoyens capables de participer à la vie démocratique. En reconnaissant l’interdépendance de l’école et de la communauté, le projet abordera également les causes majeures de la violence sous toutes ses formes, telles que par exemple la discrimination raciale et ethnique, la drogue et le chômage et ceci dans les communautés où vivent les élèves.

Tout en reconnaissant que notre monde actuel a été profondément marqué par la violence résultant des énormes disparités et des inégalités structurales entre le Nord et le Sud, parmi et dans les nations, et que ce projet ne peut seul résoudre ces problèmes, nous croyons que nous pouvons apporter notre pierre à la construction de la paix. Ce projet nous lance le défi de contribuer à l’action pour la justice sociale, la réconciliation et la solidarité internationale. Comme il a été dit pendant le forum de Sintra par le poète mozambicain José Craverinha : « Il n’est pas nécessaire que nous soyons les mêmes, ce qui est fondamentale est que nous soyons ensemble, soudés, main dans la main. »

«Nâo é necessário sermos iguais
Fundamental é estarmos jountos de mâos dadas »

RECOMMANDATIONS GENERALES

1. Un réseau devrait être établi afin de :

* faciliter l’échange des informations, des expériences, et des stratégies dans la communauté d’individus et d’institutions qui partagent les objectifs de ce projet ;

* reconnaître et encourager mutuellement les activités des participants et lier l’action locale au mouvement global ;

* encourager la compréhension mutuelle et l’éducation entre les cultures et les régions au nord comme au sud, dans le monde rural et urbain ;

* créer un lien et un soutien avec les programmes existants de l’UNESCO, par exemple, le Projet des Ecoles Associées et les programmes nationaux pourune culture de la paix ;

* créer un lien et soutenir les réseaux existants y compris l’Internet, des bulletins d’information, des associations professionnelles ainsi que des réseaux régionaux spécialisés d’éducation pour la paix et la non-violence ;

* faciliter l’échange et les réunions des participants du réseau, y compris la mise en place de colloques régionaux afin de permettre l’échange mutuel d’idées et de stratégies adaptées aux réalités régionales, surtout dans les régions du monde touchées par des conflits violents.

2. Des projets pilotes seraient à établir :

* pour la promotion de l’éducation à la non-violence et à la paix : ceci devrait être basé sur la créativité et l’innovation au sein de l’école, dans le respect des besoins réels des communautés et des personnes concernées ;

* basés dans la mesure du possible, sur des ressources existantes et des initiatives en cours ;

* dans les diverses institutions éducatives, avec des partenaires appropriés, dans
les secteurs publics, privés…etc.

* qui utiliseraient des méthodes différentes, prenant en compte le contexte social et culturel ainsi que le contexte multiculturel dans les diverses régions du monde ;

* qui donneraient la priorité à des contextes où il ya exclusion et violence, par exemple, dans les ghettos urbains et les sociétés en guerre ;

* qui impliqueraient la communauté pour faire de l’école un centre de promotion d’une culture de la paix et de la non-violence ;

* afin de créer des liens entre les écoles dans les pays du nord et du sud pour encourager la solidarité internationale basée sur les principes de respect interculturel, de la compréhension et de la justice globale.

3. Les institutions éducatives ne peuvent pas accomplir cette tâche seules ; des partenariats avec une grande variété d’institutions doivent être établis, par exemple avec :

* les parents et les organisations communautaires locales pour s’assurer que le projet englobe la communauté ;

* les autorités locales, gouvernementales et intergouvernementales pour assurer
leur soutien financier, en ressources humaines et matérielles, ainsi qu’en matière de sécurité : ceci donnera en même temps aux écoles l’autonomie nécessaire pour des pratiques démocratiques et décisives surtout celles o? les étudiants sont concernés ;

* les associations régionales et internationales des maires, des députés et des Ministres de l’éducation ;

* le mass médias et les médias locaux afin de faire connaître au public les activités des écoles en vue d’obtenir le soutien de la communauté et servir de modèle. Ceci devrait aider les étudiants à développer leur capacité critique dans l’utilisation des médias ;

* les artistes et les institutions culturelles devraient faire desarts et des traditions culturelles une partie intégrante de l’éducation ;

* les institutions économiques y compris les milieux des affaires et de l’entreprise devraient partager les objectifs du projet en vue de soutenir et d’améliorer les activités ;

* les institutions religieuses et d’autres organisations dans la communauté;

* les universités, les institutions de formation des enseignants et des organismes de recherches.

4. La formation des enseignants, des éducateurs, des étudiants, des administrateurs et d’autre personnel travaillant dans la communauté scolaire est un aspect essentiel du projet :

* basé sur des méthodologies diverses et appropriées y compris celles basées sur l’art, la création artistique et la participation ;

* encadrant sur une base continue et durable, le développement professionnel avant, pendant et tout au long de la vie professionnelle active ;

* incluant l’échange et le développement des matériaux écrits et audiovisuels pour la formation dans des contextes différents.

5. Le développement du curriculum devrait inclure:

* des textes et d’autres matériels encourageant la non-violence, une culture de la paix, la tolérance, la solidarité, les droits de l’homme, l’égalité des sexes, la citoyenneté et la protection de l’environnement ;

* l’intégration des principes et des stratégies de la non-violence et de la culture de la paix dans toutes les matières et disciplines du curriculum;

* la prise en compte de la situation locale et les traditions dans un cadre multiculturel et international.

6. La recherche et l’évaluation devraient être présentes dans tous les aspects du projet et devraient :

* fournir des mesures appropriées et rigoureuses non seulement pour tester l’efficacité des actions à niveau global, mais aussi en relation avec le contexte social et culturel ;

* impliquer les participants dans la recherche active ;

* développer un inventaire et faire connaître au public quelques exemples des meilleures pratiques, en relation avec l’étude réalisée par l’UNESCO et l’ICCR ;

* se référer systématiquement à des recherches antérieures et à des expériences établies par des chercheurs et des praticiens dans ce secteur ;

* recueillir des preuves scientifiques concernant les principes et les pratiques du projet ;

* contribuer à la durée des actions et des projets dans le temps;

* identifier les résistances rencontrées et documenter le processus de changement, y compris la façon dont des participants du projet sont acceptés et comment ils établissent leurs activités.

7. Le financement des activités devrait être assuré :

* par des sources gouvernementales, intergouvernementales et des organisations privées.

* par la préparation systématique et la soumission à ces agences des documents de projet détaillés décrivant les résultats attendus, les activités et un plan d’exécution des activités.

8. La promotion et la diffusion des principes et des pratiques de la non-violence et d’une culture de la paix dans l’éducation devraient constituer une dimension durable des activités du projet, afin d’atteindre :

* les étudiants et les parents qui devraient être au centre du projet ;

* les gouvernements, les autorités nationales et locales y compris les Commissions nationales pour l’UNESCO ainsi que les Ministres de l’éducation, qui devraient être encouragés à développer des programmes d’action pour la mise en place de la Déclaration et cadre d’action intégré concernant l’Education pour la paix, les droits de l’homme et la démocratie, adoptée à la Conférence internationale sur l’éducation en 1994;

* toutes les institutions éducatives formelles et non-formelles, publiques et privées, leurs professeurs, leurs administrateurs et le personnel ;

* les décideurs et les « leaders » d’opinion;

* le public en général.

8. Les informations et les résultats du projet :

* devraient être largement disséminés de façon à contribuer efficacement à un
mouvement global pour la non-violence et la culture de la paix.

ACTIONS SPECIFIQUES DEMANDEES A L’UNESCO

1. La coordination des activités du projet, y compris la constitution de réseaux, l’identification, le fondement et le soutien de projets - pilote, la formation, la production de matériel de support, la révision et le développement des curricula, des recherches et l’évaluation et la dissémination des informations et des résultats.

2. L’aide à l’obtention des fonds et des ressources nécessaires pour le développement du projet.

3. La mise en valeur et la reconnaissance du projet et des activités du réseau afin de valoriser l’action locale des participants en tant que part intégrante de la mission globale pour la paix menée par l’UNESCO et le système des Nations Unies.

4. L’intégration du projet dans d’autres activités complémentaires de l’UNESCO, par exemple le Programme des Ecoles Associées et le Programme de la Culture de la paix, ainsi que des activités en rapport avec d’autres organisations internationales.

5. Le développement progressif des principes, des méthodologies et des stratégies du projet dans un processus d’éducation à long - terme pour tous les participants au projet, notamment pour les populations et les régions quien ont le plus besoin, afin de renforcer le mouvement global vers une culture de la paix et de la non-violence.

6. La promotion des politiques nationales visées à la fondation d’une culture de la paix et de la non-violence dans les institutions éducatives.

NOTRE ENGAGEMENT

Dans un esprit d’accord et de soutien mutuel, par la mise en place des actions proposées ici ainsi que par d’autres qui seront adaptées à nos écoles et nos communautés, en collaboration avec l’UNESCO et d’autres réseaux à travers le monde, nous nous engageons - avec nos collègues et nos institutions – dans le développement à long - terme d’une culture de non-violence et d’apprentissage coopératif dans les écoles et dans les institutions éducatives, en tant que contribution importante au mouvement global vers une culture de la paix. - Partner Short Name

Date 1996-05-21 10:00 pm
 
 
 
 
 

 

 

 

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