EDUCATION

Des nouvelles donnes: Les tendances générales de l'évolution des phénomènes sportifs dans le monde


Les mutations sur le plan social, économique et politique au niveau mondial ont entraîné mécaniquement la désuétude des idéologies et des concepts traditionnels qui ont fondé les différentes approches ayant marqué le contenu, les méthodes et les finalités de l'éducation physique et le sport.

La recomposition de la scène internationale, l'émergence de nouveaux pôles de développement et l'effondrement de la bipolarisation du monde contribuent à l'effritement de la doctrine monolithique prééminente de l'éducation physique et le sport fondée sur des programmes dont le contenu, les méthodes et les finalités ne sont plus en adéquation avec la réalité contemporaine.

La portée de la mutation du monde et des bouleversements incessants modifient ex nihilo l'approche traditionnelle des politiques et programmes qui impliquent l'urgence de réformes aptes à répondre aux problématiques majeures qu'engendrent le domaine de l'éducation physique et le sport.

Le paradoxe de la situation tient à la forte pénétration du phénomène sportif en corrélation avec la généralisation de la pratique sportive "non institutionnelle" qui inverse les tendances traditionnellement établies. Certes la divulgation des politiques dites de "sport pour tous" bien qu'apparaissant comme un moyen alternatif aux modes établis d'organisation, de promotion et de développement du sport ne permet toutefois pas de répondre de façon pertinente et affirmée à la désuétude des politiques et programmes d'éducation physique et de sport observés dans plusieurs pays.

Ce constat général ne peut être dissocié du bilan établi sur l'action de l'UNESCO en matière d'éducation physique et de sport. Les enjeux de la coopération internationale, les moyens adéquats et appropriés pour renforcer l'action intergouvernementale ont quelque peu été occultés en pratique, voilés par les intentions exprimées mais quasiment non traduits dans les actes et les faits.

De graves déséquilibres accompagnent insidieusement le glissement de l'intérêt porté à l'action intergouvernementale internationale en matière d'éducation physique et le sport au détriment de l'action intergouvernementale régionale. L'exemple le plus remarqué reste celui de l'Union Européenne, la Conférence des Ministres de la Jeunesse et des Sports de cette sphère apparaît comme un cadre multilatéral de concertation et de coopération régionale qui gagne en influence et intérêt. Le domaine du sport en profite sur bien des aspects notamment en matière de concertation des politiques de lutte contre le dopage. Le renforcement de la coopération mutuelle de cet espace s'enrichit également en qualité et en notoriété. De même des structures supra-régionales telle que la CONFEJES permettent d'asseoir par l'effort concerté et la programmation, une plate-forme d'action identitaire et de solidarité pour promouvoir le développement de l'éducation physique et du sport.

Le caractère opérationnel de ces structures reste néanmoins éloigné de la réflexion sur la complexité de l'identification des causes et des conséquences du déclin de l'éducation physique et du sport dont les effets sont perceptibles dans les choix guidant les grands axes des politiques publiques gouvernementales et souvent intergouvernementales régionales. En effet, celles-ci sont plus marquées par la spirale perverse du privilège accordé au sport d'élite suivant une doctrine devenue le profil type des politiques sportives de nombreux pays. Celle-ci accorde ex cathedra une place de choix au sport de haut niveau pour constituer le vecteur de la politique d'éducation physique et du sport pour tous.

Il est aisé de constater que le succès du sport de compétition a généré des enjeux considérables aux retombées sociales, économiques et politiques et a permit de donner au domaine du sport un envol qui en fait un patrimoine de la culture des civilisations contemporaines et modernes.

Des besoins nouveaux liés au développement technologique, à la forte urbanisation des villes et à une plus large démocratisation du sport ont généré des demandes nouvelles disparates avec une nouvelle vague de potentialités qui pourraient expliquer le désintérêt des jeunes dans le processus traditionnel d'organisation et d'enseignement de l'éducation physique et du sport.

La nécessité de repenser, rénover et adapter les politiques et programmes d'éducation physique implique une adéquation avec l'évolution du monde: les doctrines des politiques et programmes de l'éducation physique et du sport conçus pour la plupart comme des modèles au lendemain de la seconde guerre mondiale sont inopérantes au regard du contexte culturel moderne dans lequel les différences culturelles affectant les valeurs, les attitudes et les comportements ne peuvent être occultées.

L'effondrement des valeurs éthiques et morales du sport, perçues comme des valeurs universelles, ne peut isolément servir à expliquer dans l'ensemble ni les préoccupations soulevées par la pratique sportive ni la désuétude des politiques et programmes d'éducation physique et du sport dans et hors le système éducatif.

L'une des problématiques récurrentes depuis plus de deux décennies repose sur l'urgence qu'eut été d'analyser à tous les niveaux de responsabilité des instances sportives la portée de la reconfiguration des politiques et programmes d'éducation physique et du sport dans le cadre d'une stratégie à long terme.

Cette quasi absence de vision stratégique, sans affaiblir le rôle des pouvoirs publics dans la promotion et l'organisation de l'éducation physique et du sport (soit décentralisé, soit déconcentré) a conduit progressivement le mouvement sportif par la force des choses, à se substituer à ceux-ci. La démultiplication de la création de clubs sportifs et d'associations sportives (par l'effet de la démocratisation évoquée supra) a implicitement entraîné les pouvoirs publics à privilégier cette approche sans rechercher à créer un équilibre avec le système éducatif qui par son potentiel demeure un vivier de premier ordre.

Il eut été utile et indispensable pour les besoins de réforme dans le domaine de l'éducation physique et du sport d'identifier les changements ou réformes gouvernementaux et leur impact sur l'éducation physique et le sport à l'école. Les réductions budgétaires dans de nombreux pays qui frappent les programmes d'éducation physique et du sport au détriment du sport de compétition ne peuvent non plus à elles seules justifier le déclin de ce domaine d'activité qui vise 64% des jeunes en Afrique, 57% en Asie du Sud-Est, 56% en Amérique latine et les Caraïbes, 47% en Europe de l'Est et 35% en Europe de l'Ouest. L'enjeu demeure la priorité qui est effectivement accordée à ce domaine ainsi que la place qui lui est réservée par rapport à la politique nationale de sport de haut niveau. Deux priorités contradictoires caractérisent les choix gouvernementaux en matière d'éducation physique et sport : soit une politique de masse pour dégager une élite susceptible de constituer la "vitrine" de la nation, soit une politique d'élite susceptible d'avoir un effet induit pour promouvoir une politique sportive de masse.

Le constat empirique sur les deux approches permet de tirer des enseignements : dans le second cas (le privilège à l'élite pour féconder la masse) ne paraît pas nécessairement fructueux mais plutôt onéreux et confidentiel ; à l'inverse les moyens et les infrastructures crées pour la pratique généralisée du sport induit un fort taux de pénétration des retombées auprès des populations ciblées. Ceci a également pour effet de créer une base encourageante pour les programmes de l'éducation physique et du sport dans le système scolaire auquel l'effort de réforme doit être joint pour répondre aux nouveaux enjeux de l'éducation physique et du sport dans la société du troisième millénaire.
Date de publication 2003-07-15 1:00 pm


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