EDUCATION

Najat M’Jid, Pédiatre, Présidente de l’association « Bayti » (Maroc)


Analyse du questionnaire : éducateur-rue

Najat-M'Jid_s.jpg Depuis quelques années, la problématique « enfants des rues », ne cesse de susciter interrogations et interpellations.

Ce phénomène, jusque-là cantonné aux pays sous-développés du Sud, envahit les pays du Nord.

Une autre facette de la mondialisation : celle du développement exponentiel de l’exclusion sociale des mineurs !

Les associations et ONG ont été les pionnières dans le domaine des « Enfants des rues », développant divers programmes : ateliers, sas-rue, drop-in centre, refuges, écoles, apprentissages…

Le facteur clé commun à tous ces programmes étant l’éducateur-rue, dont la mission est complexe, difficile, usante, dangereuse :

- Approcher un enfant, gagner sa confiance, l’écouter, le guider, l’accompagner, le comprendre, le protéger, l’éduquer, l’aider à construire son projet de vie
- Vivre la rue, ne pas la craindre, l’analyser pour mieux l’appréhender
- Développer des approches, des solutions innovantes, adaptées à chaque enfant
- Maîtriser une violence quotidienne : violence des enfants et violence d’une société répressive et excluante

Mais qui est cet éducateur-rue ? Un militant, un missionnaire, un professionnel spécialisé ? Pourquoi a-t-il choisi cette voie ? Vocation, expérience personnelle ? Quels sont les critères indispensables pour bien pratiquer ce métier ? Quel est son statut ? Quels sont les techniques développées, les méthodologies adoptées, les concepts utilisés, les outils d’évaluation pratiqués ? Quels sont ses difficultés, ses attentes, ses besoins ?
Pour apporter des réponses à toutes ces interrogations, un questionnaire a été adressé aux équipes travaillant dans les rues de : Roumanie, Cambodge, Maroc, Sénégal, Burkina, Brésil, Philippines, Inde, France

Son analyse a mis en exergue les éléments suivants :

· le choix de ce métier est basé très souvent sur l’alliage d’une vocation et d’une expérience professionnelle (pratique de terrain dans le domaine de l’enfance et de la jeunesse)

· les qualités essentielles d’un éducateur-rue sont : motivation, disponibilité, courage, patience, capacité d’écoute, maîtrise des notions essentielles en psychologie et pédagogie éducative de l’enfant et du jeune, capacités d’analyse, créativité, sens de l’initiative, sens de l’autocritique, alliage tendresse-autorité, grandes qualités relationnelles

· les difficultés rencontrées sont nombreuses : absence de statut et de reconnaissance dans de nombreux pays ; sentiment de frustration lors de rechutes, de fugues ; impuissance devant l’ampleur du problème ( nombre de plus en plus élevé d’enfants dans les rues et absence de réel projet politique pour y faire face) ; besoin de prendre du recul par rapport à la souffrance vécue au quotidien ; insécurité et violence (police, gangs, exploitants) ; usure psychologique et physique à la longue

· Dans la méthodologie de travail adoptée, on retrouve les grandes lignes : approche-enfant/jeune ; analyse de situation ; identification des typologies-rue ; renforcement des compétences ; éducation ; formation ; réintégration familiale, si possible

· Par contre, on relève un déficit plus ou moins important en fonction des programmes, en outils inhérents à :

- analyse systémique de situation
- approche psychosociale
- mesure de l’impact des programmes sur le parcours des jeunes
- suivi des processus réintégrationnels ou de mise en œuvre des projets de
vie
- indicateurs qualitatifs

· Il en découle des besoins en matière de :

- formation complémentaire en : méthodologie de travail ; maîtrise des
concepts ; indicateurs de suivi ; outils d’analyse
- fonds documentaire
- site internet : données, informations, forums d’échanges
- échanges inter-programmes : séjours d’immersion, ateliers, séminaires.



Il nous a semblé important de donner la parole aux éducateurs, véritables artisans de la problématique de l’exclusion, de mettre en valeur leurs connaissances et leurs pratiques, en vue de les accompagner pour répondre à leurs attentes et leurs besoins et de renforcer leurs compétences et acquis.


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Pédiatre et Médecin-Directeur de la Polyclinique mère-enfant de la C.N.S.S Hay Hassani à Casablanca (Maroc), le Dr Najat M’jid est également depuis 1995 présidente et membre active de l’association Bayti (1er programme marocain « enfants des rue ») qu’elle a créée en 1995.

Ses interventions au niveau national et international en tant que formatrice, consultante et personne ressource dans le cadre de l’enfance en situation difficile, sont essentiellement orientées vers les enfants des rues, l’exploitation sexuelle des mineurs, les mineurs clandestins, les enfants au travail, les mineurs en conflit avec la loi…

De par son expérience de terrain, elle a développé une approche et des outils psychopédagogiques intégrant les dimensions psychosociales et systémiques.

Administrateur et membre de plusieurs associations, fondations nationales et internationales soutenant les projets d’aide à l’enfance en situation difficile, (Fondation Mohamed VI, Fondation Suez-Lyonnaise des eaux, Fondation du Groupe Air France, Voix de l’enfant), auteur de nombreux rapports et ouvrages sur l’enfance en difficulté (dont « BAYTI : un OVNI dans la planète rue »), le Dr Najat M’jid a reçu plusieurs prix : prix du CIDEF (Centre International de l’Enfance et de la Famille) en 1997, prix Européen de Pédiatrie Sociale en 1998, prix des Droits de l’Homme de la République Française en 2000 .


Author(s) Najat M’Jid
Source Reference Pédiatre, Présidente de l’association « Bayti » (Maroc)
Date 20-11-2002


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