Fidèle à ses études à l’Institut central des beaux-arts de Beijing, Jim a aujourd’hui à cœur de préserver le patrimoine architectural de Shanghai — la ville chinoise la plus développée et la plus dynamique — soumise à des transformations et des changements rapides. Son parti est de transformer des bâtiments traditionnels en espaces de bureaux modernes destinés aux industries de la création.
1. Shanghai a connu une croissance rapide ces deux dernières décennies. Quel impact cela a-t-il eu sur la ville ?
Shanghai s’est développée à un rythme que l’on peut qualifier de « fou » et l’un des effets a été la disparition rapide de l’architecture traditionnelle de la ville. Par exemple, un nombre croissant de projets de construction ont disloqué, et parfois détruit, des anciens quartiers urbains dans un rayon de 15 km autour des nouvelles zones construites. Un exemple des dégâts causés par ce phénomène est que le style de bâtiment typique populaire « shikumen » (résidence shanghaienne typique, combinant des éléments des vocabulaires résidentiels chinois et occidental) est menacé de disparition.
2. Le gouvernement de Shanghai a-t-il pris conscience du problème et, si c’est le cas, que fait-il pour y remédier ?
Soumis à une exposition croissante à la communauté internationale et aux échanges mondiaux, le gouvernement municipal de Shanghai a pris conscience de la nécessité d’une planification urbaine. Le slogan de l’exposition universelle Shanghai 2010, « Pour que notre ville rende notre vie meilleure » ne peut se réaliser que si nous réussissons à garantir que la future Shanghai sera un mélange d’éléments anciens et nouveaux. L’année dernière, une toute première législation a été édictée par le gouvernement sur la sauvegarde et la conservation des anciennes structures architecturales des berges de la rivière Suzhou. Cette loi revêt une importance remarquable car elle est la première et la seule mesure du pays sur la sauvegarde des architectures anciennes. Elle condamne les constructions non planifiées et la destruction des quartiers urbains édifiés le long de la rivière. En outre le gouvernement de Shanghai a imputé des fonds spéciaux pour la surveillance, l’étude et la gestion des propriétés anciennes qui jouxtent la rivière. À ce jour, deux groupes de bâtiments ont été identifiés comme reliques historiques remarquables à sauvegarder et à conserver. Cette initiative est la démarche la plus importante entreprise par un gouvernement local pour la préservation de l’architecture ancienne.
3. Comment se développe votre entreprise ?
À mes débuts, il y a six ans, les circonstances n’étaient pas aussi favorables qu’aujourd’hui. J’ai loué l’entrepôt des Quatre banques et ai élaboré un plan complet pour la rénovation et le développement de tout le bâtiment dans le but de le sauvegarder. J’ai entrepris ce travail malgré le risque réel d’être forcé par le gouvernement d’alors à démolir mon œuvre car il n’existait aucune loi autorisant le projet que j’avais entrepris et je n’avais aucune autorisation pour rénover les bâtiments. La menace d’annihilation de mon œuvre et d’une décision du gouvernement de raser le bâtiment et consacrer le lieu à d’autres destinations a pesé sur le projet pendant des années. Ayant résisté à diverses pressions, je pus cependant réaliser mon rêve et ma mission de concepteur et devins le premier architecte de la ville à avoir transformé un entrepôt vieux de 80 ans en un palais de l’art et de la créativité qui est aujourd’hui le Conservatoire de la créativité (Chuangyi Cangku). Le bâtiment est aujourd’hui loué à une société de jeux électroniques, à un cabinet d’architecture intérieure et à une agence de publicité et dispose également d’une galerie qui abrite des événements publics et privés, des expositions et des représentations. Le projet a un impact profond et significatif sur la municipalité.
L’année dernière, le Centre des entreprises créatives a été créé au sein de la Commission économique du gouvernement de la municipalité de Shanghai. J’ai été choisi comme directeur permanent. J’ai également reçu une distinction du gouvernement de Shanghai en reconnaissance de mes efforts en faveur de la sauvegarde et de la conservation de l’architecture traditionnelle de Shanghai. En outre, une permission spéciale a été accordée par le gouvernement de Shanghai pour la rénovation du toit de l’entrepôt des Quatre banques et ma proposition d’agrandissement a été acceptée.
4. Quels sont vos autres projets ?
Pour le moment je travaille sur deux chantiers. D’abord, je me consacre à la sauvegarde de deux anciens bâtiments industriels indépendants de 18 mètres de haut pour en faire le premier Centre de presse de Shanghai qui portera le nom de Centre de presse n° 71 (71 étant le numéro du bâtiment dans la rue). Le coût total de la location et de la rénovation sera de quelque 40 millions de RMB (yuans chinois). Le design, les plans et les travaux ont déjà commencé. Je prépare également la sauvegarde et le développement d’un ancien complexe industriel sur les rives de la rivière Huangpu, qui nécessitera un investissement de 100 millions de RMB au minimum. Une dynamique campagne de collecte de fonds pour ce projet est actuellement en cours.