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Table des matières
Editorial Histoire et culture : régime d’historicité et mémoire Musées et échelles de temps Authenticité et diversité
Editorial par Isabelle Vinson En introduction d’un ouvrage intitulé Les Cultures et le Temps, publié en 1975 par l’UNESCO , Paul Ricœur rappelait « (qu’)avant de nous demander ce que nous pouvons faire de la découverte de (la) diversité des cultures, il importe de comprendre ce qu’elle signifie… ». Ce numéro de MUSEUM International propose d’aborder la notion de diversité culturelle du patrimoine à partir du rapport au temps. En effet, si l’on cherche à comprendre dans quelle mesure le patrimoine culturel et les agencements scientifiques qui l’organisent dans la société rendent compte de la diversité, on doit d’abord rappeler que la conceptualisation du temps joue un rôle fondateur dans les systèmes d’intelligibilité des cultures et de leurs expressions matérielles. Ainsi, la diversité du patrimoine doit également être comprise comme l’expression de la diversité des temps dans l’histoire des cultures. Il faut en outre analyser comment cette diversité de temps se reflète dans le projet mondial de préservation du patrimoine. Au départ de cette réflexion, nous avons fait deux constats. Le premier sur l’importance dans le débat sur le patrimoine international des questions d’ordre typologique ou normative et des pratiques de restauration, au détriment de préoccupations culturelles et historiques. Ce sont pourtant ces préoccupations de nature globale qui permettent de faire le lien avec la destination sociale du patrimoine. Le patrimoine appartient au débat historique au sens large car il fait intégralement parti du projet de futur que la communauté internationale a établi en adoptant, avec la notion de patrimoine mondial, le principe de responsabilité collective de sa sauvegarde et de sa transmission aux générations futures. Ce qui soutient le projet de futur construit autour du patrimoine mondial est donc une réflexion d’ordre historique. Le second constat est celui du paradoxe qu’il y a dans le projet de défense de la diversité culturelle à partir d’une approche du patrimoine qui « internationalisent » les contextes particuliers. Or, en 1977 déjà, les travaux du Comité du patrimoine mondial soulignent, à propos de la perception du terme « universel » et de son usage comme critère d’évaluation des biens culturels et naturels, que la dimension temporelle doit être prise en compte dans l’appréciation des valeurs. Il y a donc une corrélation étroite entre possibilité d’universalisation du patrimoine et reconnaissance de la diversité des temps. Ces constats sur les dimensions historiques et temporelles du patrimoine nous ont conduit, pour ce numéro de MUSEUM International, à nous interroger sur la diversité de fait du patrimoine et sur la translation de cette notion de diversité dans un projet mondial de préservation et d’exposition du patrimoine. Les approches du temps à partir des témoignages culturels rassemblées dans le premier chapitre sont rédigées par des spécialistes représentatifs des cultures dont ils sont porteurs. L’historienne Romilla Thapar relève la possibilité, dans la culture indienne, de penser le temps à différents niveaux. Elle souligne, à l’intérieur des grands cycles mythologiques, les éléments d’intersection avec le temps linéaire censé permettre la perception du passé. François Hartog, historien français, nous introduit plus avant dans l’idée de l’existence de plusieurs régimes d’histoire et de mémoire. Il avance l’hypothèse, du moins en Europe, d’un nouveau régime d’historicité centré sur le présent dont l’engouement patrimonial est l’indice. L’archéologue Enrique Nalda, à partir de l’expérience archéologique mexicaine, nous ramène à la pratique de la recherche et de la conservation en tant que support d’une conscience historique et des usages contemporains qu’elle motive. En effet, si les temples de Teotihuacan au Mexique ont un sens à la fois pour un américain, un africain, un asiatique, un européen ou un océanien, c’est certainement parce chacun y trouve, par rapport à son histoire et sa mémoire particulières, un reflet de l’histoire humaine que la notion de patrimoine international souhaite transmettre. Les instances internationales mobilisent cette dimension symbolique du patrimoine pour créer un temps commun, celui de l’action pour la préservation, mais qui n’exclut pas pour autant les temps différentiés et propres à chaque culture : celui, par exemple, de l’ascendance indienne des cultures mexicaines ou celui de la spiritualité solaire des tribus New Age qui se retrouvent à Teotihuacan pour le solstice d’été. D’une compréhension particulière du temps sont nées, en Occident, des sciences, - l’histoire de l’art et l’archéologie - et une institution - le musée. Celui-ci a pour mission d’étudier, de préserver, de présenter la culture matérielle et de l’organiser dans un système patrimonial. L’extension de ce modèle à l’échelle du globe a trouvé ses limites politiques et intellectuelles dans les dernières décennies du 20e siècle. Il a atteint un point de retournement par l’introduction d’objets porteurs d’un rapport au temps très différent du temps occidental. La réflexion autour de la notion d’authenticité, pour laquelle l’exemple du temple d’Isé est désormais emblématique, a été un marqueur de ce retournement au niveau international. Plus récemment, la notion de patrimoine immatériel qui privilégie le temps social sur le temps historique a ouvert la voie, dans l’enceinte de l’UNESCO, à la possibilité de confronter les notions du temps avec les politiques de conservation du patrimoine. Les second et troisième chapitres, dont la direction éditoriale a été assurée respectivement par Bernice Murphy et Amar Galla, abordent ces deux questions : celle de la façon dont les musées ont traité du rapport au temps, puis celle de la confrontation des notions d’authenticité et de diversité avec la pratique de la conservation. Pour le musée, le rapport au temps est étroitement lié aux paradigmes intellectuels de construction de la connaissance et au pouvoir de légitimation et de validation qui figurent parmi ses missions institutionnelles. Les articles présentés ici nous enseignent que la réflexion contemporaine sur les échelles de temps et leur exposition dans les musées a été déclenchée par une série d’événements historiques majeurs, tels que la décolonisation, la fin de l’apartheid, ou encore la reconnaissance politique des populations autochtones dans l’enceinte des Nations Unies. La traduction de ces évènements dans les modes d’action des institutions culturelles et patrimoniales est en cours aujourd’hui. Mais la plupart des auteurs, dans l’un ou l’autre des deux chapitres, s’accorde à reconnaître que la déconstruction des discours de connaissance étant faite, les interrogations ne sont plus sur les possibilités intellectuelles de captation de la diversité des histoires : elles portent désormais sur la mise en cohérence des formes de représentation du temps avec leurs expressions politique et sociale et plus particulièrement, avec les droits humains qui en découlent. La diversité du patrimoine n’est donc pas seulement une diversité de formes, d’intentions et d’usages ; elle est très largement composée de l’entrecroisement des temps de chaque culture. Ces entrecroisements sont des points essentiels de notre humanité globale. Retour Sommaire Temps et patrimoine François Hartog François Hartog, historien français, introduit l’idée de l’existence de plusieurs régimes d’histoire et de mémoire. Il avance l’hypothèse d’un nouveau régime d’historicité centré sur le présent, dont l’engouement patrimonial est l’indice. Retour Sommaire Temps cyclique et temps linéaire dans l’Inde ancienne Romila Thapar L’historienne Romila Thapar relève la possibilité, dans la culture indienne, de penser le temps à différents niveaux. Elle souligne, à l’intérieur des grands cycles mythologiques, les éléments d’intersection avec le temps linéaire censés permettre la perception du passé. Retour Sommaire L’archéologie mexicaine et son insertion dans le débat sur diversité et identité Enrique Nalda L’archéologue Enrique Nalda, à partir de l’expérience archéologique mexicaine, nous ramène à la pratique de la recherche et de la conservation en tant que support d’une conscience historique et des usages contemporains qu’elle motive. Retour Sommaire La muséologie interrompue Michael M. Ames Les catégories académiques (tout au moins dans le monde occidental) ne sont que les divisions arbitraires d’un monde plus complexes. L’article réexamine quelques-unes de ces catégories et leurs bouleversements permettant ainsi de mettre en évidence les changements affectant les musées. Retour Sommaire Les musées d’Afrique du Sud face au défi de la diversité Rooksana Omar L’auteur analyse deux types de musées en Afrique du Sud depuis la fin du XXe siècle et début du XXIe. Chacun a sa façon de percevoir l’espace et de solliciter la participation créative de multiples publics. La reconnaissance de la notion de diversité culturelle a été une étape importante dans ce changement de point de vue. Retour Sommaire Musées, savoirs et diversité culturelle au Venezuela Luis Adrián Galindo Castro Cet article explore une partie de la diversité ethnique et culturelle du Venezuela à travers les structures du savoir et les représentations d’une catégorie définie du public qui fréquente les musées. Il met en valeur les tensions qui émergent dans le champ de la représentation, de la mise en scène et de l’appréciation culturelle. Retour Sommaire Mémoire, histoire et musées Bernice Murphy Relevant le défi de répondre aux voix culturellement différentes qui réclamaient le droit à l’interprétation de leur patrimoine, l’article étudie comment les musées ont dû rendre plus perméable la frontière entre le monde des musées et le monde lui-même. Retour Sommaire Sur l’authenticité et l’artificialité des politiques néerlandaises du patrimoine Fred F.J. Schoorl Au Pays-Bas, l’heure est à la recherche d’approches nouvelles, plus intégrées, dynamiques et durables sur le plan socioculturel. Cela est complexe. C’est pourquoi l’importance croissante du multiculturalisme requiert de nouvelles recherches et méthodes. Retour Sommaire Redéfinition du passé libanais Lina Gebrail Tahan Le texte applique le concept d'authenticité, comme défini par la conférence de Nara, sur les musées au Liban. Il argumente le rôle du musée comme instrument de paix et réconciliation. Le patrimoine juif et musulman en Europe : le rôle de l’archéologie dans la défense de la diversité culturelle Neil Silberman L’article analyse la représentation des patrimoines juif et musulman en Europe. Quelle est la responsabilité des archéologues dans l’étude du patrimoine culturel de groupes ayant toujours été considérés comme étranger ? Retour Sommaire Diversité culturelle dans le développement écomuséal au Vietnam Amareswar Galla Cet article reprend les grandes lignes d’une réflexion, accompagnée d’études de cas, qui analyse les modes de transformation émergeant dans différentes zones du patrimoine, à travers la pratique de l’écomuséologie. Une éthique de conservation holistique nourrit l’idée que les valeurs du patrimoine mondial ont besoin d’être enracinées dans le patrimoine immatériel des communautés. Retour Sommaire
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