 |  | Coupeurs de canne à sucre, 1880 ©Schomburg Center NY |  | L’hommage aux victimes de la traite négrière transatlantique et l’esclavage est principalement axé sur les activités culturelles, politiques, économiques et sociales entreprises par les africains assujettis pour se redéfinir et redéfinir leur monde. Cet hommage relate la manière dont les africains assujettis ont créé leur propre histoire et culture, reformant de cette façon leur destinée. Sur les millions d’individus qui ont franchi l’Atlantique et qui se sont établis aux Amériques durant la période coloniale (1492-1776), 80% étaient africains. La traite négrière et l’esclavage comptaient parmi les plus puissantes forces de développement de l’Europe et des Amériques. Cependant la nature de ces institutions est fort peu connue et jusqu’à il y a peu, la communauté internationale a délibérément évité leur étude. De peur d’être impliqué dans ces horreurs et de devoir endosser le fardeau de la responsabilité, les descendants des marchands et propriétaires d’esclaves se sont dérobés aux tentatives sérieuses d’établir la réalité de l’esclavage. Les descendants des africains affranchis évitent de telles études de peur d’être avili, ou embarrassé par les découvertes. Très souvent, ces peurs et tentatives d’éluder la question proviennent des images véhiculées sur la traite négrière et l’esclavage. La majorité des gens en sont venus à les croire, et ainsi à les considérer comme l’essence même de la question. Ce que les gens savent, ou plutôt ce qu’ils pensent savoir au sujet de l’esclavage et de la traite négrière a été formulé par les paradigmes qui ont été transmis durant les 500 dernières années. Ceux-ci ont pris la forme d’images des victimes subissant une cruauté inimaginable, et ne disposant d’aucune aide ni défense. Ce sont des images de captifs attachés conduits par des ravisseurs armés de l’intérieur de leur Afrique centrale et de l’Ouest vers les baraquements du littoral. Il y a des images d’hommes, femmes et enfants enchaînés et parqués dans des bateaux négriers pleins à ras bord. Il y a des images d’esclaves brutalisés, exploités, travaillant dans des conditions impensables dans les plantations des Amériques. Il y a des images d’individus blessés et opprimés – victimes perpétuelles - qui furent dépossédés de leur culture et humanité et forcés à vivre le restant de leur vie en esclavage, dans ce système de dégradation humaine. Cependant, il a été souvent oublié que ce fut dans le contexte de l’esclavage que les Africains-Américains se sont réinventé une identité : ils ont établis les fondations de leur développement social, politique, économique et culturel. Bien que victimisés, exploités et oppressés les africains assujettis et leurs descendances – certains esclaves, d’autres libres – furent des agents actifs et créatifs dans la fabrication de leur futur historique, culturel et politique. En lieu et place des différents langages que les Africains ont emporté avec eux, ils ont inventé de nouveaux langages pour communiquer entre eux. Ils ont créé de nouvelles religions, danses, cuisines et formes d’art. De plus, les africains assujettis ont apportés avec eux et développé la connaissance et technologie de leurs cultures, plus particulièrement en médecine, botanique, agriculture, navigation, et fabrique du fer. Ce fut dans le contexte de l’esclavage que les africains américains ont formulé des règles de comportement éthique et moral, et nourri entre eux une coopération et une assistance mutuelle. Les nouvelles cultures qu’ils ont élaborées ont nourri une estime propre, un courage et une confiance dans les individus et le groupe, les rendants plus aptes à affirmer leurs propres identités, et à résister au pouvoir et au contrôle de leurs maîtres blancs. L’étude des vies des africains assujettis dans les Amériques nous apprend beaucoup sur la capacité des être humains à se développer dans des conditions déshumanisantes. Cela nous montre certaines des différentes façons par lesquelles l’existence humaine se confronte et transcende l’oppression. C'est un enseignement sur la vie, la survie et la victoire face à des circonstances en apparence insurmontables. (Extrait d’une note d’introduction du livre Jubilé: L’Émergence de la culture Afro-Américaine par Howard Dodson, Directeur du Schomburg Cernter for Research on Black Culture, et adapté avec autorisation pour le site Web de l’UNESCO.)
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