CULTURE

Religions afro-brésiliennes

Les religions afro-brésiliennes constituent un univers complexe et culturellement très riche, dont les éléments se sont incorporés aux expressions artistiques de ce vaste pays multiethnique et multiculturel qu’est le Brésil ; ils sont présents dans les danses, la musique et la littérature, aussi bien que dans les fêtes, les habitudes et le langage de son peuple.

Title Religions afro-brésiliennes
Short Description Les religions afro-brésiliennes constituent un univers complexe et culturellement très riche, dont les éléments se sont incorporés aux expressions artistiques de ce vaste pays multiethnique et multiculturel qu’est le Brésil ; ils sont présents dans les danses, la musique et la littérature, aussi bien que dans les fêtes, les habitudes et le langage de son peuple.
Long Description Privés du sentiment d’appartenance pendant plus de 300 ans d’esclavage, les Africains emmenés au Brésil, issus de différents pays et de traditions religieuses les plus diverses, n'avaient que la mémoire et la culture comme fond référentiel de leur humanité continuellement outragée. Dans ce contexte, au-delà de la pratique de la spiritualité, de l’expression des croyances et de la représentation des mythes fondateurs de leur civilisation, la religion a constitué une véritable expression de résistance à l’esclavage.

Interdites par les maîtres d’esclaves à l’époque coloniale, réprimées par les gouvernements sous le régime républicain par la suite, les traditions religieuses africaines ont été pratiquées secrètement par les esclaves dans de nouveaux contextes, où l’adhésion au catholicisme, la seule religion autorisée au Brésil à l’époque, était une source d’insertion et légitimation sociales incontournable.

Les acteurs de la « reconstruction » des religions africaines en territoire brésilien appartenaient à différents groupes ethnolinguistiques, incluant les Bantous, les Yoroubas et les Fons ; convertis au catholicisme par des missionnaires, ils s’affirmaient tels et suivaient les rites de l’Eglise, tout en créant des parallélismes entre leurs propres divinités et les saints catholiques. Ainsi, Xangô correspondait à Saint Jean, Omulu à Saint Lazare, Oxala à Jesus Christ, Oxossi à Saint Georges etc.

Le syncrétisme religieux, caractéristique de la préservation des rites africains au Brésil, a donc été la voie d’expression du sacré sur tout le territoire du pays, avec des traits particuliers définis par leurs spécificités ethniques et par le dialogue interculturel qui a eu lieu dans les différentes régions avec d’autres peuples et d’autres univers religieux, à l’exemple de la pajelança, manifestation de shamanisme pratiquée en Amazonie par les peuples autochtones.

Ces religions, dénommées candomblé à Bahia, xangô au Pernambouc, tambor-de-mina au Maranhão, batuque au Rio Grande do Sul ou babaçuê au Pará, entre autres, sont aussi variées que leurs coutumes, leur musique, leurs vêtements liturgiques et le langage employé dans leurs cérémonies.

Religion possédant une organisation complexe de cultes et de croyances, accompagnée d’un long processus d’initiation, dans son ensemble le candomblé honore plus d’une centaine de divinités, les orixas, tout en gardant son caractère monothéiste. En raison du syncrétisme, la majorité des adeptes considèrent leur dieu comme étant le même que celui de l’Eglise catholique.

De nos jours, le culte aux orixas compte des adeptes provenant de toutes les classes sociales et des origines ethniques les plus diverses aussi bien au Brésil que dans les pays voisins comme l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay et le Venezuela. Avec 37% d’adeptes blancs (recensement de l'IBGE, 2000), le candomblé dispose de plus de dix mille lieux de culte au Brésil, dont plus de deux mille se trouvent à Salvador. Il s’agit de petites structures autonomes appelées terreiros, qui ne réunissent en général pas plus de 50 membres, dont les rôles ont des caractéristiques essentiellement familiales et qui gravitent autour de la figure emblématique de la mãe ou du pai-de-santo (mère ou père de saint). Très souvent, ces lieux de culte disparaissent lors du décès de leur chef religieux.

Beaucoup plus récente, mais non moins importante que le candomblé, l’umbanda représente une synthèse de l’ancien candomblé de Bahia, transposé à Rio de Janeiro au début du XXe siècle, avec le spiritisme fondé par Alan Kardec au XIXe siècle en France. Formée à Rio dans les années 1920, l’umbanda s’est aussitôt affirmée partout au Brésil comme religion universelle sans restriction ethnique, géographique ou sociale. A cette époque, le candomblé restait circonscrit aux populations noires, formées exclusivement par des descendants d’esclaves, alors que l’umbanda prétendait être le véritable marqueur identitaire d’une nation métisse par définition, en réunissant le catholicisme pratiqué à l’origine par les Blancs, la tradition du culte aux orixas des Noirs et celle du culte aux esprits d’inspiration indigène. L’umbanda, aussi bien que la samba – dont la naissance est intimement liée à la tradition du candomblé –, trouve sa consolidation dans un moment historique marqué par un processus de valorisation du métissage, pour la première fois entendu comme le pilier de la construction de l’identité nationale brésilienne, capable de projeter le pays comme un état moderne avec une société homogène, c’est-à-dire, une société métisse.

Aussi bien pour le candomblé que pour l’umbanda, les cérémonies se caractérisent par une forte présence de costumes colorés, de musique, de chants et de danses accompagnées par des tambours.

DEMOGRAPHIE RELIGIEUSE

Le dernier recensement démographique, réalisé en 2000 par l’Institut Brésilien de Géographie et de Statistique, indique un changement majeur en ce qui concerne les pratiques religieuses des Brésiliens. De manière générale, le plus grand pays catholique du monde montre une expansion considérable des courants évangéliques, la rétraction des religions afro-brésiliennes et le déclin progressif du catholicisme. Quant au nombre d’adeptes de religions afro-brésiliennes, il faut considérer pourtant que du fait de la caractéristique de syncrétisme de celles-ci, ou par crainte de discrimination, une partie de ces individus se déclarent catholiques ou bien sans religion.

Religion

1980

1991

2000

Catholicisme

89,2

83,3

73,7

Evangélisme

6,6

9,0

15,4

Spiritisme

0,7

1,1

1,4

Rites afro-brésiliens

0,6

0,4

0,3

Autres religions

1,3>

1,4

1,8

Sans religion

1,6

4,8

7,3

TOTAL (*)

100%

100%

100%

 Source : Institut Brésilien de Géographie et de Statistique, Recensements démographiques

Contrairement aux temples évangéliques, dont l’organisation institutionnelle ressemble aux entreprises modernes, à la pointe du progrès en matière de technologies de communication et de marketing, les religions afro-brésiliennes, essentiellement fondées sur une structure familiale et communautaire, manquent de moyens pour faire face à la complexité du nouveau contexte religieux brésilien. Alors que l’Eglise évangélique touche un très vaste public à travers ses chaînes de radio et de télévision, et compte sur une représentation de plus en plus nombreuse au sein des pouvoirs publics (exécutif et législatif, à niveau local et fédéral), la religion des orixas est fragmentée en petits groupes, affaiblie par l’absence d’organisation à grande échelle et par la lutte incessante pour sa place dans la société, résultat là aussi d’un processus historique dont les racines remontent à l’esclavage. Cette place est d’autant plus menacée par l'expansion de l'évangélisme que, de manière générale, un des objectifs des différentes églises évangéliques est l’éradication de croyances traditionnelles comme celles représentées par les religions afro-brésiliennes. Le catholicisme quant à lui, même s’il bénéficie également des moyens de communication de masse, décline face à l’autonomie des organisations évangéliques qui leur donne plus de souplesse et pouvoir.

La tendance actuelle semble indiquer un risque de marginalisation pour les religions afro-brésiliennes, sources de visions de monde, de valeurs, de saveurs et de rythmes essentielles à la compréhension de l’identité culturelle du Brésil et de son extraordinaire diversité.

Author(s) Cristianne Rodrigues
Publication Date 2007-02-28 8:00 am
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