CULTURE

4.1 Des avant-gardes à la postmodernité


Expression militaire à l’origine, l’avant-garde suppose une directionnalité dans l’évolution. Dès l’époque romantique, les philosophes, les écrivains et les artistes ont été convaincus de la nécessité de renouveler les langages esthétiques et les courants de pensée de façon à suivre les transformations rapides des techniques et leurs conséquences économiques et sociales. Pour eux, tout progrès scientifique est susceptible d’entraîner une remise en cause de l’ordre social établi et des formes esthétiques traditionnelles.


Lorsque le futurisme, le dadaïsme, le constructivisme et le surréalisme apparaissent, leurs projets sont toujours liés à la notion de modernité et d’avancés audacieuses, tant sur le plan économique qu’artistique. Une véritable culture de la crise transforme radicalement le paysage artistique et musical. C’est dans ce cadre que les musiques électroacoustiques bouleversent la notion même de musique.

Les machines, mécaniques puis électriques et enfin numériques, donnent la possibilité de travailler directement sur le son et pas seulement sur sa représentation à travers une partition. Mais la fin des années 1960 marqueront une rupture dans cette croyance envers le progrès. Issue de l’architecture, la notion de « postmodernité » apparaît au début des années 1970. Après le style architectural « international » des grands ensembles fonctionnels et des tours déshumanisées, certains architectes tentent de retrouver une certaine fantaisie en privilégiant une forme d’éclectisme mélangeant les styles jusqu’au kitsch.

Ainsi, l’AT&T Building (1984) de Philip Johnson à New York est un gratte-ciel moderne, mais il est construit au-dessus d’un socle ressemblant à une chapelle florentine de la Renaissance et est couronné d’un fronton néo-classique. Le concept de postmodernité est repris par les critiques et sémiologues dont le plus connu est Umberto Eco (Umberto Eco, « Postmodernism, Irony, the Enjoyable », in Modernism/Postmodernism, Peter Brooker (ed), London, Longman, 1992). Jean-François Lyotard (Jean-François Lyotard, La Condition postmoderne, Paris, Les Editions de Minuit, 1979) lui donne un sens philosophique de fin d’une histoire orientée vers la recherche du progrès dans la nouveauté. Selon Béatrice Ramaut-Chevassus (Béatrice Ramaut-Chevassus, Musique et postmodernité, Que sais-je ? n° 3378, Paris, PUF, 1998), la postmodernité musicale représente plus une attitude qu’un style musical.

Après la modernité caractérisée par la prolifération des avant-gardes, la postmodernité brise le tabou de la rupture vécue comme une qualité positive. Mais, en tournant le dos à la logique de la crise, elle est elle-même une rupture. La postmodernité est donc une notion ambiguë accréditant un repli vers le passé, mais aussi un nouveau défi pour les penseurs et les artistes.


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